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L'étoile de David est-elle d'origine diabolique ?

Article du Keren Israël n°105


« L'hexagramme (étoile à 6 branches ou étoile de David) est un symbole apparemment juif et d'origine ésotérique. Il représente l'union des forces célestes (triangle qui pointe vers le haut), avec les forces de l'enfer (triangle qui pointent vers le bas). La réunion des triangles représente le vrai pouvoir de l'homme. Le triangle n'apparaît nulle part dans l'Ecriture comme symbole biblique, par contre il est énormément utilisé dans les religions païennes, dans la magie et dans le satanisme. »


Cette citation, tirée d'un auteur chrétien mondialement connu, est en passe de se répandre de plus en plus dans les milieux évangéliques. Nombreux sont parmi nos lecteurs, ceux qui s'interrogent à ce sujet. Il convient donc de répondre à cette nouvelle manifestation d'antisémitisme chrétien. L'étoile de David s'appelle en fait en hébreu la « magen David » c'est à dire le bouclier de David. Une très ancienne tradition rapporte que ce symbole était en effet peint ou sculpté sur le bouclier de David et lui assurait ainsi l'invincibilité.


La première apparition picturale de ce symbole (puisque le bouclier de David est pour l'heure perdue) apparaît sur des frises sculptées sur les frontons de l'ancienne synagogue byzantine de Capernaüm (5e 6e siècle après Jésus-Christ). On les trouve à côté d'autres symboles juifs tels que les 7 espèces du pays de Canaan, ainsi que l'étoile à 5 branches dites « bouclier de Salomon ». Pour certains archéologues, ces symboles n'ont d'autre intérêt que décoratif à une époque où dans le judaïsme, l'interdiction des représentations et des images s'était quelque peu estompée. On peut néanmoins se demander si la présence de ces deux symboles, en compagnie des 7 espèces de Canaan, n'est pas chargée d'une valeur plus symbolique.


On sait notamment que, depuis la prophétie de Balaam en nombres 24, l'étoile était l'image du messie. On retrouve ces symboles sur des pièces de monnaie juive datant du 2e siècle de notre ère, lors de la 2nde révolte juive contre les Romains, frappées par le faux messie Bar Kochba. Le nom de cet imposteur était en réalité Bar Kouziva mais lorsqu'il fut reconnu comme messie par Rabbi Akiva, il changea son nom en Bar Kochva, de « kochav », « étoile » en hébreu, c'est à dire « fils de l'étoile ». Donc le messie prophétisé par Balaam.


Sur ces pièces de monnaie, on peut lire aussi, autour de l'étoile « Shimon, prince d'Israël » autrement dit le messie. On sait qu'il existe également un psaume, le psaume 22 qui porte le titre « ayelet achahar », « biche de l'aurore », ce qui était le nom que l'on donnait à l'époque biblique à l'étoile du matin.


On sait que ce psaume est d'une manière étonnante, celui où sont décrites les souffrances du messie. Psaume que Jésus citera sur la croix. Dans le chapitre 2 de l'évangile de Matthieu, les mages, qui sont des descendants de Balaam et qui connaissent les prophéties, ont reconnu à l'apparition d'une étoile nouvelle, le signe de la naissance du messie d'Israël que leur ancêtre avait prophétisé.

Enfin, dans le livre de l'apocalypse, Jésus se présente comme le rejeton de David, l'étoile brillante du matin (« biche de l'aurore »). On peut se demander si la connexion que Jésus fait entre cette étoile brillante du matin et le rejeton de David n'est pas une allusion à l'étoile peinte sur le bouclier de David, qui était lui-même l'ancêtre du messie, ce qu’indiquait ce bouclier.


Le symbolisme de l'étoile est donc bien présent dans la Bible comme symbole messianique, depuis les temps les plus reculés. Il faut attendre le Moyen Âge pour le voir réapparaître dans sa forme actuelle, notamment en Europe orientale chez les juifs ashkénazes. La résurgence de ce symbole est assez obscure, tout autant que le symbolisme que lui attribue ses promoteurs.


C'est l'époque où la lutte entre la Chrétienté et l'Islam atteint son paroxysme, qui débouchera sur les croisades. Ces deux religions sont symbolisées, l'une par la croix, l'autre par le croissant. Dès lors, la magen David va devenir au judaïsme ce que le croissant et la croix sont à l'Islam et au Christianisme. Depuis l'Europe centrale, la magen David va se répandre dans l'ensemble du monde juif, comme symbole de la religion mosaïque, faisant ainsi pendant à la croix et au croissant et ceci jusqu'à notre époque.


A l’époque du bas Moyen Âge, la perception du juif subit une transformation importante dans l'Europe médiévale. Jusqu'alors, les chrétiens avaient considéré les juifs, certes d'une manière ambiguë (« n'étaient-ils pas les assassins du Christ, ce peuple au cou raide qui continuait obstinément à rejeter l'évangile encore et toujours ? ») et pourtant ils étaient le peuple de la Bible, ses interprètes et ses gardiens.


Or, à cette époque, on découvre que les juifs ont un autre livre à côté de la Bible : le Talmud. Livre étrange et mystérieux, incompréhensible pour la plupart des lettrés de l'époque, dont très peu maîtrise l'hébreu et l'araméen. C'est aussi l'époque où fleurit un mouvement encore plus mystérieux, caché et secret : la Kabbale.


Il n'en faut pas plus pour considérer alors que ces livres et ces mouvements sont d'inspiration et de caractère diaboliques. Après tout, le juif n'est-il pas lui aussi un être diabolique ? Jésus n'a t il pas dit : « vous êtes-vous avez pour père le diable ? ». Et dans le livre de l'Apocalypse, la synagogue n'est-elle pas qualifiée « d'assemblée de Satan » ?

Il n'en faut pas plus pour que le juif perde son caractère de peuple de la Bible, pour devenir, dans l'esprit des populations médiévales, un être entièrement diabolique. Ainsi, des rumeurs affirment que la synagogue est un endroit où l'on adore Satan et où se rassemblent sorciers et sorcières, d’où l'expression encore utilisée de nos jours : « un véritable sabbat de sorcières ».

Le juif est donc un véritable personnage diabolique qui a un commerce direct avec le diable et des relations étroites avec lui. D'ailleurs, il « sent l'odeur du soufre », c'est à dire l'odeur de l'enfer et « a les pieds fourchus comme le diable ». Cette légende a perduré jusqu'à il y a peu puisque jusqu'à la 2e guerre mondiale, certains français croyaient encore dur comme fer à ce canular.


Quant à la religion juive, elle est tout entière « diabolique et émaillée de rythme magiques et sataniques ». On redoute les sorts jetés par les juifs, qui sont regardés dès lors comme des êtres malfaisants, eux, leur quartier, leurs institutions et leurs symboles…

Le bas Moyen Âge est aussi, on le sait, l'époque où sorcellerie et magie atteignirent des sommets sans précédent. On ne compte plus, à cette époque, le nombre de procès en sorcellerie que les pouvoirs publics réprimèrent sans ménagements. On ne compte plus le nombre de sorcières et de sorciers, réelles ou supposées, qui périrent sur le bûcher (entre autres Jeanne d'Arc…).





Dans la mesure où l'on considérait le juif comme un être diabolique, il est tout naturel de comprendre que les apprentis sorciers se tournaient spontanément vers lui pour être initiés aux techniques qui, selon eux, leur permettaient d'avoir commerce avec le diable.

C'est ainsi qu'ils se mirent à récolter les mystérieuses inscriptions hébraïques qui leur tombaient sous la main, par exemple après un procès d'inquisition. Dans le Talmud et dans les écrits kabbalistiques, ils récupéraient ce qui semblait servir leur propos, entre autres les énumérations des noms de Dieu. Mais ils récupéraient aussi les symboles juifs, d'où l'expression « signes kabbalistiques ». Parmi ces derniers, on retrouve la fameuse magen David, de sorte que jusqu'à nos jours, les livres de magie et de sorcellerie ont conservé ces formules, signes et symboles, dont ils sont abondamment émaillés. Il va de soi que les occultistes leur ont donné une toute autre signification que celle qui est employée dans le culte juif, ce qui est aussi le cas pour la magen David. Peut-on dire pour autant que, parce que les occultistes ont récupéré ces symboles à leur profit, ces réalités sont totalement discréditées ?


D'ailleurs, le judaïsme n'est pas la seule religion à avoir été traité de cette manière : les rituels chrétiens en ont aussi fait les frais et ce n'est pas sans raison que l'on parle « de messe noire », lesquels sont calqués sur le rituel de la messe catholique.


Ainsi, dire que la magen David est d'origine diabolique est historiquement faux, nous l'avons vu, et même si les occultistes l'ont détourné à leur profit pour en faire l'objet d'un symbolisme satanique, cela n’enlève rien au fait que la magen David reste avant tout le symbole de la religion juive et un signe messianique indiscutable.


S'il est vrai que les autres occultistes ont donné à ce signe une signification occulte, la tradition juive en a donné d'autres interprétations beaucoup plus positives et plus vraies. Comme c'est souvent le cas dans la tradition juive, il n'y a pas d'interprétation unique, mais ces interprétations se rejoignent toutes pour expliquer que la magen David représente la rencontre de Dieu avec l'homme.


Dans la tradition juive, on n’écrit pas le nom de Dieu, par crainte de profaner. Dans des textes anciens, on avait pour coutume de représenter le nom de Dieu à l'aide d'un dessin d'un triangle équilatéral, la pointe en haut. L'origine de cette tradition résidait dans la proclamation de la triple sainteté de Dieu, célébré par les séraphins en Esaïe 6. Le triangle équilatéral représentait donc le Dieu trois fois Saint !


Cependant, le triangle équilatéral pointe en bas, représentait l'homme, par opposition à Dieu, mais qui pourtant en est l'image et qui selon la Bible, est corps, âme et esprit. L’union entre ces deux triangles formant la magen David représentait donc la rencontre entre Dieu et l'homme, qui caractérise l'ère messianique. Selon certaines interprétations issues de la Bible, la magen David serait le symbole du messie lui-même, dans la personne duquel se rencontre l'humanité et la divinité. Mais, on le sait, le diable est le singe de Dieu, il cherche à défigurer et caricaturer son œuvre.


Il n'est donc pas étonnant qu'en utilisant l'antisémitisme outrancier qui sévissait au bas Moyen-âge, il ait réussi, dans l'esprit de nombreux occidentaux nourris par des siècles d'antisémitisme chrétiens, parfois inconscients, à transformer ce symbole messianique en symbole diabolique. Il est temps que les « amis d'Israël » réagissent aussi face à la résurgence actuelle de ce vieux stéréotype antisémite moyenâgeux, en rétablissant la vérité.

Jésus ne disait-il pas : « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre ? »





Le drapeau d'Israël


David Wolfsohn, un homme d'affaires de premier plan dans le mouvement sioniste, conscient que le mouvement naissant n'avait aucun drapeau officiel, écrivait :

« Nous avons un drapeau et il est bleu et blanc. Le Talith, châle de prière avec laquelle nous nous enveloppons quand nous prions et qui est notre symbole. Prenons, sortons ce Talith de son sac et déroulons le devant les yeux d'Israël, et les yeux de toutes les nations. Je commandais alors un drapeau blanc et bleu avec une magen David peinte dessus. Voilà comment le drapeau national qui a flotté sur Congress Hall est entré dans l'histoire. »


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