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Dans quel monde vivait Esther ?



L’histoire d'Esther se situe à l’apogée de l'Empire perse, sous le règne du roi Xerxès (483-472) que notre récit nomme Assuérus (Ahasveros en hébreu).



L 'histoire d'Esther se situe entre les chapitres 6 et 7 du livre d’Esdras, entre la reconstruction du temple de Jérusalem sous Darius en 516 et l'arrivée d'Esdras à Jérusalem en 457. Le vrai nom d'Assuérus est Khshogainsha, Xerxès est son nom hellénisé tel que l'emploie le célèbre historien grec Hérodote. Le récit se situe à Shushan (Suse), capitale de Xerxès, située à 300 km de Babylone. La ville est citée en Esther 1 v 2 et 9 v 6, 11, 18. Auparavant, elle était la capitale de l'empire d'Elam.


Elle se nomme aujourd'hui Shous Daniel, située au pied des monts Zagros, sur la route de Téhéran. C'est une ville de 30 mille habitants où l'on montre ce que l'on donne comme e tombeau de Daniel, qui est devenu un lieu de pèlerinage musulman.


Shushan a été fouillée par les archéologues français en 1852. L’ancienne cité s'étend sur 13 hectares. La découverte la plus impressionnante fut celle d'une porte monumentale de 40 x 30 mètres donnant sur une vaste salle centrale, soutenue par quatre colonnes portant une inscription de Xerxès disant : « Ceci est la porte monumentale qui a été construite par mon père Darius ». Il s'agit vraisemblablement de la porte devant laquelle siégeait Mardochée dans le récit biblique.



Au centre du terre-plein se dressait une immense statue de Darius fabriquée en Egypte ou le roi avait reçu le titre de pharaon et qui contenait une liste non exhaustive des pays vaincus. Le palais Royal évoqué dans Esther s'étendait sur 40000 m² il était situé sur une énorme terrasse qui surplombait la ville de 30 M et qui entouraient la résidence royale composée d'une vaste salle du trône, d'une antichambre donnant sur les appartements privés du roi exactement comme le décrit le livre d’Esther puis venait les services (cuisine, salle de garde) et la maison des femmes.


Ainsi les archéologues purent mesurer à quel point l'auteur biblique avait une excellente connaissance de la topographie des lieux, d'autant que trente ans plus tard tout cet ensemble fut détruit dans un incendie qui ravagea le palais. Il fut alors reconstruit sur un plan différent de sorte que le souvenir de l'agencement primitif disparut.


Ainsi, le goût de Xerxès pour les couleurs bleue et blanche (Chapitres 1 v 6, 8 v 15), la position couchée des convives (4v 49), le conseil des sept princes (1 v 14), le favori revêtu du manteau royal (6 v 8), le système postal très élaboré (3 v 13), l'expansion de l'empire (1 v 1) sans parler du tempérament de Xerxès (Z v 2, 7 v 7-8) et de son extravagance (5 v 3, 6 v 6-7). Ces éléments prouvent l'historicité du récit, pourtant mise en doute encore par certains chercheurs.



Leur culture est en fait un mélange de celles des pays conquis. C'est en 614 que les Mèdes envahirent l’Assyrie et s’emparèrent de la ville d'Ashour. Ils étaient à la tête d'une Confédération. Le roi des Mèdes nommé Cyaxare s’appuyait sur les mages, classe de lettrés et peut-être une des tribus de la confédération. Il s'agissait de disciples de Zoroastre (penseur perse), conseillers qui interprétaient les rêves et, tels les Lévites en Israël, devinrent une tribu sacerdotale.


Ainsi, les Mèdes succédèrent aux Assyriens et administrèrent le nord de la Mésopotamie durant environ 60 ans. En 585, Astyage devint roi des Mèdes et en 550, son gendre se révolta contre lui.


Ce dernier descendait d'une famille qui avait dirigé la Perse durant des générations et se nommait Cambyse. En fait, Astyage avait été averti par un mage que son petit-fils le détrônerait et c'est pourquoi, quand Astyage eut un fils nommé Cyrus, il chercha à tuer l'enfant qui fut recueilli par un couple de bergers venant de perdre un enfant du même âge.


Le garde, chargé de tuer le bébé, substitua l'un à l'autre et présenta au roi l'enfant mort comme s'il s'agissait de Cyrus. Quand Cyrus eut dix ans, les craintes d'Astyage étaient apaisées. Il apprit l'affaire et accepta de reprendre son petit-fils avec lui à la cour. Mais Astyage était haï par ses propres sujets à cause de sa cruauté et, arrivé à l'âge adulte, Cyrus prit la tête d'une révolte à grande échelle.


Dans la bataille qui s'ensuivit, Astyage fut vaincu quand son armée se révolta et passa du côté de Cyrus. L'armée le lui livra, accomplissant ainsi selon Hérodote la prophétie du mage. En 539, Cyrus prit Babylone, Ectabane devint alors sa capitale. Cyrus commandait un empire bicéphale composé des Mèdes et des Perses. Il entreprit une politique de tolérance et fit régner la paix dans son empire qu'il réorganisa autour d'une lourde bureaucratie qui s'appuyait sur la tradition séculaire des scribes de Mésopotamie et de Syrie. 


Mais les véritables unificateurs de l'empire furent ses successeurs, Darius et Xerxès. Cyrus mourut sur le champ de bataille en 530, son fils Cambyse lui succéda. Il s'empara de l'Égypte et réprima la révolte d'un mage nommé Gaumata qui fut tué et éliminé par son successeur Darius, auquel succéda Xerxès, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Les Perses étaient les successeurs des anciens Élamites pour lesquels le roi descendait des dieux.

On lui devait donc obéissance absolue. Il avait aussi un rôle sacerdotal. Le roi avait à sa disposition un vaste harem, mais certaines femmes pouvaient avoir une grande influence dans l'empire. Après le roi, le deuxième personnage de l'État était le vizir, sorte de premier ministre.


Dans notre récit, ce rôle est rempli d'abord par Haman puis par Mardochée. Venaient ensuite sept « ministres » (Esther 1 v 14). Selon Hérodote, ils étaient les représentants des sept grandes familles qui, sous Darius, constituaient l'aristocratie perse. C'est lui qui transféra sa capitale d'Ectabane à Shushan, ville cosmopolite. Puis en 520, Darius se construisit un superbe palais à Persépolis.


Hérodote signale aussi l'existence d'un fonctionnaire qui sert « d'œil et d'oreille au roi » et d'un corps d'officiers qui le tiennent informé de tout ce qui se passe dans l'empire et doivent veiller à ce que les rois locaux ne se révoltent pas ainsi que les satrapes.


L'empire perse, très centralisé, avait développé un réseau routier important pour ses besoins commerciaux et militaires. L’unité de distance équivalait à 6 km, soit la distance franchissable en une heure par un homme à pied.


Les routes étaient gardées par de nombreuses patrouilles qui veillaient à la sécurité des usagers et contrôlaient les marchandises transportées. Par elles, des courriers permettaient aux messages royaux d'atteindre les confins de l'empire par des systèmes de relais à cheval, circulant jour et nuit, de sorte que les ordres du roi arrivaient dans les recoins les plus reculés de l'empire en quelques jours et remontaient de la même manière.


Une vaste bureaucratie royale s'était développée comme en tout état centralisé. L'araméen était devenu la langue officielle et internationale. Les documents étaient conservés dans des archives royales (Esther 3 v 12). Ces textes et documents officiels étaient scellés par des anneaux et sceaux royaux dont disposaient les hauts fonctionnaires (Esther 8v 8). · Les auteurs grecs soulignent l'importance de la loi chez les Perses qui se nomme, dans leur langue « la data ». C'est un système judiciaire très élaboré dont le roi est le gardien et le juge suprême.

Châtiments et sévices étaient sévères. La vie humaine comptait peu pour les Perses. Les condamnations à mort par empalement, les mutilations étaient monnaie courante, ainsi que l'exil.


L'empire était divisé en trente et une satrapies, elles-mêmes divisées en provinces dont parfois les gouverneurs étaient des indigènes, telle la province de Juda gouvernée par Zorobabel puis par Néhémie. Chaque province et satrapie fournissait au gouvernement central un certain nombre de taxes en espèces ou en nature.


C'est en effet l'époque où se développe la monnaie sur une grande échelle, dont la frappe est monopole royal. Parfois le pouvoir était confronté à des rébellions comme ce fut le cas en Egypte. Les satrapes avaient en effet pouvoir sur les forces armées, comme sur l'économie, les lois et la politique locales. L'armée était la colonne vertébrale du pouvoir.


On trouvait un peu partout des garnisons militaires et des colonies de vétérans qui avaient pour charge de maintenir la loi et l'ordre. Ce sont les Perses qui, sans abandonner entièrement le char de combat attelé, ont privilégié la cavalerie montée par des archers.


L'armée était une force multinationale commandée toutefois par des officiers perses.


L'arme principale était l'arc, Au contact de l'Inde, les Perses avaient été les premiers à utiliser des unités d'éléphants de combat. Les Perses ont aussi poursuivi la politique de transferts de populations étrangères. En cas d'échec, les troupes en retraite pratiquaient la politique de la terre brûlée pour retarder l'ennemi. La navigation était aux mains des Phéniciens.


Ce fut Darius qui fut le premier à créer une sorte de canal de Suez pour relier la Méditerranée à la mer Rouge. Grâce aux Phéniciens, il développa le commerce maritime y compris autour de l'Afrique. L'économie de l'empire reposait surtout sur l'agriculture. Les paysans étaient lourdement taxés et la vie du commun était difficile.


L'essor de la bureaucratie avait entraîné la corruption et la pratique des pots-de-vin, de sorte que le statut des esclaves était parfois préférable à celui des hommes libres. Il n'y avait pas en Perse de religion officielle mais il y régnait un grand syncrétisme.


A côté des religions anciennes telle celle d'Ahura-Mazda, des mages de Zoroastre, se côtoyaient les religions de l'Inde et de la Mésopotamie. A l'époque qui nous intéresse, l'empire avait atteint son apogée. Il s'étendait à l'est sur une partie de l'Inde, au nord il atteignait le sud de la Russie et à l'ouest les Balkans et la Roumanie. C'est sous Darius que débutèrent les désastreuses guerres médiques contre les Grecs, guerres qui allaient conduire l'empire à sa chute.


De son côté, Xerxès dut réduire une révolte en Egypte puis une autre à Babylone au début de son règne. Il mourut assassiné en 465. C'est dans ce monde que vécut Esther...



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