Israël : un avion sans pilote

Mis à jour : juin 22

Nous l’avions évoqué il y a trois semaines, un nouveau gouvernement est en passe d’être formé en Israël. Le conflit avec le Hamas et le Djihad islamique à Gaza a retardé les tractations politiques, mais dès ce dimanche, ce nouveau gouvernement devrait être officialisé.


La coalition gouvernementale est extrêmement hétéroclite : elle va de la droite laïque russophone à l’extrême gauche propalestinienne, en passant par la droite conservative et le centre-gauche. Pourtant, cette coalition n’aurait jamais vu le jour sans le rattachement d’un parti bien particulier à cette alliance. Et c‘est justement ce parti qui concentre toute l’attention et l’angoisse de nombreux israéliens : le parti arabe Ra’am de Mansour Abbas.

Ce parti n’est autre que la branche « israélienne » arabe des Frères musulmans ! Soit, pour le dire autrement, les cousins du Hamas de Gaza ou d’Erdogan en Turquie !

Autre grande surprise, le parti Yamina (« la droite » en hébreu) de Naftali Bennett s’est rattaché à cette coalition, malgré la participation à ce gouvernement du parti islamiste Ra’am.


Or, Yamina est un parti de droite conservatrice et sioniste-religieux. Il s’agit d’un parti qui défend en premier lieu les Juifs des implantations en Judée-Samarie, qui retournent sur les terres ancestrales du peuple juif et ce, en opposition aux palestiniens et aux arabes israéliens qui y voient une « colonisation ». Les électeurs de Bennett se sentent trahis par ce choix de leur leader qui s’allie avec les arabes islamistes. Son parti n’a été crédité aux élections que de 6 sièges sur 120 à la Knessett (Parlement) et les sondages montrent que si l’élection avait de nouveau lieu aujourd’hui, Bennett n’aurait que 2 sièges et ne passerait même pas le seuil d’éligibilité ! Et pourtant cet homme va devenir premier ministre d’Israël pendant les deux prochaines années !


Car voilà l’un des autres point tendancieux de cette nouvelle coalition : Yair Lapid, leader de l’opposition face à Netanyahou, a décidé de créer cette alliance politique avec de multiples partis pour renverser Netanyahou. Et pour que Bennett se rallie à lui, il lui propose de partager le poste de premier ministre (2 premières années à Bennett et 2 suivantes à Lapid).


La coalition, menée par Yair Lapid du centre-gauche, s’est constituée sous le nom « d’union nationale ». Union nationale pour quoi ? Pour renverser Benyamin Netanyahou. Voilà l’unique raison qui unit ces partis politiques si divers. Déjà en 2019 nous avions écrit que l’impasse politique israélienne est le fait d’une guerre d’égo. Bennett, Lieberman et Saar, trois leaders des partis du nouveau gouvernement, sont d’anciens membres du Likoud de Netanyahou. A la suite de frictions avec ce dernier, ils n’ont depuis pour seul objectif que de le renverser. Ce qu’ils vont enfin réussir.

Mais à quel prix ? L’Iran et ses alliés se réjouissent de cette nouvelle. Un gouvernement faible en Israël fait les affaires des ennemis de l’état hébreu. Les alliés sunnites d’Israël (Egypte, Arabie Saoudite, Emirats…) s’inquiètent quant à eux de l’entrée au pouvoir d’un parti islamiste au cœur même d’Israël. Ce changement de gouvernement intervient alors même qu’Israël est confronté à un risque majeur, celui de voir l’Iran accéder au nucléaire. Israël est ainsi devant un choix crucial : bombarder les installations nucléaires au risque de se brouiller avec les Etats-Unis, ou attendre une réaction du gouvernement Biden en prenant le risque de voir les ayatollahs posséder la bombe ?


Bennett, le futur premier ministre, a eu par le passé des positions très tranchées sur le sujet, lui qui vient de la droite « dure ». Mais qu’en sera-t-il lorsqu’il sera chef de l’état ? Et n’oublions pas qu’il est premier ministre DE ROTATION et que ses choix doivent être « validés » par le co-premier ministre Yair Lapid. Qui est du centre-gauche.

Certains juifs messianiques s’inquiètent de cette situation et vont jusqu’à comparer cette alliance politique à un suicide de l’état israélien. D’après l’accord entre les différents partis, la gauche se retrouverait à des postes clés (ministère de l’éducation…) pour promouvoir leur idéologie progressiste (mariage homosexuel, légalisation du cannabis…) déjà très présente en Israël. Une fois Netanyahou parti, les différences politiques de cette coalition vont se faire ressentir au risque d’entrainer le pays dans un blocage énorme. Sans parler des conséquences sur le plan diplomatique…


Israël est au pied du mur. A vouloir tuer le roi, qui n’est certes pas exempt de tout reproche, le pays risque de se retrouver orphelin d’un vrai dirigeant d’expérience et de convictions, pour tomber dans une division interne délétère et contre-productive. A vouloir satisfaire leur égo personnel, les dirigeants de cette « union nationale » entraînent peut-être le pays vers des jours sombres.




Pour mieux comprendre la coaliton israélienne. les partis du centre sont plus proches de la gauche néanmoins




Mansour Abbas, leader du parti islamiste Ra'am et nouveau membre du gouvernement


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