FAUT-IL DONNER LA DIME ?

Cette question revient régulièrement à l'ordre du jour.

D'aucuns en font un impératif absolu, d'autres s'y opposent farouchement. Il est vrai que lorsqu'on touche à l'argent, les passions s'enflamment. Que dit la Bible à ce sujet, c'est cela qui nous intéresse.


La dîme, on le sait, est la dixième partie des revenus en argent ou en nature.

La première fois que cette expression apparaît se trouve dans le chapitre 14 du livre de la Genèse où Abraham donne à Melchisédek, roi de Salem, la dîme du butin pris aux cinq rois du Nord. Selon l'épître aux hébreux, par ce geste, Abraham se reconnait comme inférieur à Melchisédek, en qui il voit un serviteur de Dieu, puisqu'il est "prêtre de El Elion", créateur du ciel et de la terre. Il s'agit donc d'une offrande de type religieux, comme cela apparaîtra ensuite dans le reste de la Bible.


On peut se poser la question de savoir qui a instruit Abraham sur la nécessité de ce devoir religieux ? Néanmoins, les sources profanes de l'époque nous disent que les rois de l'Orient ancien, contemporains d'Abraham, avaient coutume de lever la dîme sur leurs sujets pour l'entretien des temples du clergé et du culte. Il s'agissait en quelque sorte d'un impôt religieux.


Dans la Tora, il est assez peu fait mention de la dîme, on la trouve en Lévitique 27 v. 32 et Deutéronome 14 v.22.

Dans ces sources il est fait mention de deux dîmes principales. La société israélite était une société essentiellement agricole, Dieu était considéré comme le propriétaire foncier de l'ensemble du pays d'Israël. La terre n'appartenait pas à ceux qui l'exploitaient, mais à Dieu. Les exploitants, n'étant que des " métayers", il était donc normal qu'avant de jouir des produits de cette terre, l'exploitant agricole rende au propriétaire de la terre, la part qui lui revenait: cette part était la dîme.


Payer la dîme était une manière de reconnaître l'appartenance de la terre au Seigneur. C'était aussi le rôle des prémices, prélèvement qui s'apparente à la dîme : on ne pouvait disposer des revenus de la terre qu'après en avoir offert la meilleure part au Seigneur.


La première dîme est entièrement agricole, un dixième des produits de la terre doit être mis de côté au moment de la récolte pour être consommé par l'exploitant au lieu que l'Eternel choisira pour y faire résider son nom. Ce lieu deviendra plus tard, on le sait, Jérusalem.

La dîme devient ainsi une sorte de sacrifice d'actions de grâce qui doit être consommé sur place par celui qui a offert le sacrifice. Il ne s'agit donc pas à proprement parler, d'un impôt, mais une forme de participation au culte.



Il en va autrement de la deuxième dîme, celle-ci est prélevée une fois tous les trois ans, elle peut se faire aussi bien en nature qu'en argent et a pour destination "les pauvres", en tête desquels il faut placer les lévites et les prêtres: le clergé qui, n'ayant pas de propriété foncière, dépend essentiellement pour sa subsistance de ce type de prélèvement qui est également étendu aux pauvres, à la veuve, à l'orphelin et à l'étranger.

D'autres types d'aide aux pauvres sont également prévus par la législation biblique (par exemple" la péa"). Chaque agriculteur doit laisser les coins du champ non moissonnés. Il doit le laisser pour les pauvres et les démunis, en outre, il ne doit pas empêcher le glanage qui est un moyen de subsistance des pauvres.

Ajoutons encore à cet ensemble, l'offrande du demi-shekel au Temple que tout israélite doit payer, qu'il soit riche ou pauvre.

A ces taxes régulières s'ajoutent les offrandes volontaires qui dépendent du bon vouloir de celui qui les offre.



LA DIME DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

Elle n'est citée qu'une fois dans le texte où Jésus reproche aux pharisiens de payer la dîme de l'aneth, de la menthe et du cumin et de négliger l'amour et la miséricorde, c'est ce qu'il appelle "filtrer le moucheron et avaler le chameau", c'est à dire : être scrupuleux dans les petites choses, mais négligent dans les grandes.


Toutefois cela ne signifie pas que Jésus répudie la dîme, comme on l'a parfois prétendu...Il déclare, en effet, en parlant de la justice et de la miséricorde :

"C'est là ce qu'il convenait de pratiquer, sans négliger les autres choses"

c'est à dire précisément, la dîme de l'aneth, de la menthe et du cumin.


Dans les épîtres, il n'est jamais question de la dîme, nulle part elle n'est présentée comme un devoir. Ce qui a amené certains à conclure qu'elle était abolie.


L'argument "a silencio" est toujours redoutable à manier, d'autant que Jésus déclarera dans le sermon sur la montagne : " Qu'il ne disparaîtra pas un seul iota, un seul trait de la Tora aussi longtemps que le ciel et la terre subsisteront, par contre il met en garde ceux qui supprimeront le plus petit de ces commandements. La dîme étant un commandement, on peut donc conclure qu'elle n'est pas abolie.


Dans les épîtres, il n'en est pas fait non plus mention, on ne sait donc pas quelle était la pratique de l'Eglise ancienne dans ce domaine, mais dans la 2ème aux Corinthiens, Paul consacre un long chapitre à l'offrande, il y démontre en substance que donner à Dieu c'est chose naturelle pour le croyant et que "celui qui sème peu, moissonnera peu !"

Il s'agit de la collecte qu'il effectue dans les églises qui sont sous sa juridiction et qu'il entend remettre aux apôtres de Jérusalem, en faveur des pauvres.

Sous-jacent à ce long chapitre, nous retrouvons la même idée que dans l'Ecriture, Dieu est le propriétaire de tous nos biens, et nous ne pouvons en jouir que nous lorsque nous avons prélevé sa part, néanmoins Paul n'en fait pas une obligation, cela dépend de l'état du cœur. Les Thessaloniciens, par exemple, bien que pauvres, avaient demandé avec instance à l'apôtre de pouvoir participer à cette collecte et avaient même donné au-delà de leurs moyens. Paul les cite en exemple aux Corinthiens qui, peut-être auraient eu tendance à être moins généreux, voire même carrément avares.

Partant de cet exemple des Thessaloniciens, il conclut qu'un don à Dieu n'a de valeur que s'il est fait d'un cœur joyeux. S'il s'agit d'une obligation faite à contre cœur ; il vaut mieux s'abstenir de donner, mais alors cela prouve un cœur endurci qui, de ce fait, ne doit pas s'attendre à ce que Dieu le bénisse spirituellement et matériellement.

Il apparaît donc que dans le Nouveau Testament, la dîme est un point de repère : qui a un cœur bien disposé et a les moyens peut donner davantage, qui n'a pas suffisamment de foi pour donner la dîme n'encourt aucune pénalité pour cela, mais il se prive de la bénédiction de Dieu.

Dans l'épître aux Romains, Paul déclare: "Je parle comme à des gens qui connaissent la Tora..". Quant à Jacques en Actes 15, il déclare: "Car Moïse a dans chaque ville des gens qui le prêchent.." C'est à dire que les convertis d'entre les païens étaient censés étudier la Tora à laquelle l'Evangile venait s'ajouter, or la dîme faisait partie de la catéchèse juive, on peut donc conclure que l'Eglise ancienne n'a pas aboli la dîme qui est restée pour elle un point de repère normatif.


La distinction entre dîme et offrande, déjà présentes dans les Ecritures demeurait, comme on le voit en 2 Corinthiens : les croyants dans les églises étaient censés contribuer à l'entretien des serviteurs de Dieu comme on le voit en I Corinthiens, où Paul déclare que, contrairement aux autres apôtres, il n'a pas usé de ce droit qu'il avait pourtant, de prélever une offrande pour subvenir à ses besoins et il a préféré s'auto-financer. Il est donc probable que l'Eglise ancienne avait une institution qui devait ressembler à la dîme des Ecritures, laquelle était aussi utilisée pour le secours des pauvres, des veuves etc...comme Paul le mentionne à Timothée. L'Eglise ancienne avait donc des revenus qui provenaient de la générosité régulière des fidèles. La dîme étant une contribution régulière, les offrandes ayant un caractère exceptionnel.

On le voit, même si le Nouveau Testament ne la mentionne pas, la dîme conserve un caractère normatif pour le croyant, dans la perspective de la Nouvelle Alliance, chacun toutefois se détermine librement et sans contrainte face à ce commandement biblique :

"Car Dieu aime celui qui donne avec joie !"

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