"Va eilei toldot..."

Cette expression apparaît dans la Bible au commencement de toutes les généalogies. Aussi la traduit-on par "postérité", "descendance" etc.

En réalité, son sens est le suivant : "voici les engendrements". Certaines versions traduisent par "voici les générations".


Mais l'expression "toldot" peut aussi signifier "l'histoire". Cette dernière est en effet la chaîne ininterrompue des générations qui se succèdent et se transmettent, les unes après les autres, le dépôt d'une vie reçue de Dieu, qui est enrichi des choix, des expériences bonnes ou mauvaises des générations qui le composent.


Car en effet, une génération transmet à l'autre le dépôt de connaissances et d'expériences acquises laborieusement au cours des siècles. Au chapitre 5 de la Genèse, la première des généalogies humaines trouve son point de départ en Dieu lui-même.



Ainsi, Adam formé à l'image de Dieu, transmet à ses descendants cette même image qu'il a lui-même reçue. C'est la raison pour laquelle la vie humaine a une importance unique par rapport à toutes les autres formes de vie.


Et c'est la raison pour laquelle toute vie humaine doit être respectée et préservée, depuis sa conception jusqu'à la mort naturelle.

L'être humain le plus bas tombé porte en lui cette image de Dieu, même si elle est défigurée. Ainsi, l'enfant, dans le sein de sa mère, porte dès sa conception l'image du créateur ; le malade mental dont la conscience même pas le niveau de celle d'un animal supérieur, porte néanmoins l'image de Dieu. Le vieillard atteint de la maladie d'Alzheimer, l'être atteint d'une maladie grave et incurable, n'en sont pas moins des reflets, au cercle combien imparfait, de la gloire de Dieu, de sorte que cette sainte expression "toldot" exclut toute forme d'avortement et d'euthanasie...


"Une génération s'en va, une autre vient" déclare l'Ecclésiaste. Cette chaîne des "engendrements" est un dialogue entre la génération qui vient et celle qui s'en va ; celle qui vient interroge la précédente et lui demande : "Pourquoi les choses sont-elles ce qu'elles sont ? Quelle est leur signification ?"



C'est ce que la Bible appelle la sagesse : cette capacité à comprendre d'où vient le monde, quel est son but, quelle est l'intention du créateur.



Honore ton père et ta mère


C'est, nous dit l'apôtre Paul, le premier commandement, accompagné d'une promesse : "Afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps dans le pays que l'Eternel ton Dieu te donne !"

Ainsi, cette promesse est double : c'est la condition du bonheur et d'une longue vie.


Les sages d'Israël ont interprété ce commandement en l'élargissant. Pour eux, ce n'est pas seulement la génération précédente qui doit être honorée, mais toutes les racines qui nous portent. On peut donc l'interpréter de la manière suivante : "Honore tes racines..."


Ainsi, le Baal Shem Tov, le fondateur du Hassidisme, pouvait-il affirmer : "Celui qui ne se souvient pas de son passé est condamné à le revivre" et encore "Le souvenir est le secret de la rédemption", ce qui revient à dire "Souviens-toi de ton passé, pour prendre appui sur ce tremplin afin de te projeter vers un avenir et une espérance que Dieu promet."



C'est là l'appel de Dieu à Israël et à tout être humain. Chaque génération doit poursuivre la marche de ses devanciers vers le terme de l'histoire et le but que le créateur a assignés à l'aventure humaine.


Ainsi, l'individu n'est pas seul, il est intégré dans une humanité qui l'a précédé, de même que dans un temps qui se déroule vers un but.

Le psalmiste déclarait : "j'ai surpassé tous mes maîtres", ce qui veut dire que chaque génération doit s'efforcer d'aller plus loin que celle qui l'a précédée, dans la recherche de la sagesse et cela, pour le bien de l'humanité toute entière et de toutes les générations à venir.


Se savoir intégré dans cette chaîne de générations, c'est aussi avoir accepté ses limites, sa finitude ; c'est donc un acte d'humilité. L'être humain n'est pas autonome, il est intégré dans un vaste ensemble qui le dépasse et dont il n'est qu'une petite partie. Il doit apporter sa pierre à cet ensemble et comprendre que ses limites mêmes sont une bénédiction.


C'est cette vision des "toldot" qui est la clé de l'histoire biblique d'Israël et si Israël en tant que peuple a pu subsister jusqu'à ce jour, c'est parce que cette transmission du dépôt s'est toujours faite harmonieusement de génération en génération. Israël est le seul peuple qui ait connu cette extraordinaire persistance qui lui a permis de traverser l'histoire en conservant son identité, au travers des multiples vicissitudes qu'il a connues.


En cela, il est un exemple pour tous les peuples et une source d'inspiration, notamment, pour les temps particuliers que nous vivons.



Aujourd'hui, "du passé faisons table rase..."


Nous vivons aujourd'hui une situation sans précédent : "Du passé, faisons table rase", le vieux slogan des anarchistes du siècle dernier est en passe de devenir réalité, en grande partie à cause de la révolution technologique qui commence seulement à manifester ses effets.


Le numérique est en passe de rejoindre la vieille tentation du serpent de l'Eden, suggérant à nos premiers parents d'acquérir par eux-mêmes une autonomie leur permettant de se passer de Dieu. Cette autonomie, qualifiée de "liberté", implique que l'individu, centre du monde, puisse s'affranchir de tout ce qui l'empêche "d'être pleinement lui-même" et de prendre en main sa propre destinée. Pour cela, il doit s'affranchir de trois réalités : le langage, la nature et le passé, c'est à dire l'histoire.


En ce qui concerne la nature, il est évident que l'être humain n'est pas autonome ; il est soumis à des lois naturelles. Or, la technologie moderne se fait fort de lui promettre la capacité de s'affranchir de ces lois naturelles.

Le langage, lui, serait - paraît-il - aliénant par essence, parce que conditionnant... Là aussi, la technologie moderne tente de lui substituer une communication par l'image, qui elle, serait source de puissance et donc facteur de libération...


Enfin, il convient de se libérer du passé et de l'histoire. Un monde nouveau est sur le point d'éclore : il n'aura plus rien de commun avec le monde ancien qui est en train de disparaître. Il convient donc, non seulement de s'affranchir de l'histoire désuète, aliénante et totalement dépourvue d'intérêt dans la perspective du monde nouveau, mais aussi de tout ce qui sous-tendait ce passé, c'est à dire la sagesse des générations précédentes.

Cette dernière qui, selon la Bible, a été le moyen par lequel Dieu a fondé la terre, est rejetée comme aliénante.


Comme le dit Paul : "se vantant d'être sages, ils sont devenus fous ! " Ainsi, il faut rejeter la famille, la morale et bien entendu la religion, en particulier le judéo-christianisme, qui non seulement est devenu obsolète, mais a aussi été l'une des sources majeures de l'aliénation de l'individu. Ajoutons à cela le rejet de la mémoire, pour que le tableau soit complet.


Le passé est totalement occulté, le futur est on ne peut plus incertain, ne reste que l'immédiateté. On prône ainsi l'avènement d'un "homme nouveau", un individu totalement maître de lui-même et qui ne vit que dans le moment présent selon l'adage cité également par Paul : "mangeons et buvons, car demain nous mourrons..."


De là aussi naît le culte du "jeunisme" et la rupture des générations à laquelle nous assistons, selon les prophéties bibliques. Les prophètes, tout comme Jésus, ont annoncé que dans les temps de la fin, les enfants seraient rebelles à leurs parents et que la sagesse des anciens serait rejetée.


Par rapport aux technologies modernes, les anciens "ne sont plus dans le coup", ils sont dépassés par le progrès et non seulement sont inutiles et incapables de participer à l'édification du monde nouveau, mais en raison de leur caractère "ringard", attachés à des valeurs dépassées sur lesquelles ils s'arc-boutent malgré tout. Ils sont même des freins qu'il convient de neutraliser face à ce rêve d'édification du monde idéal que seules les nouvelles générations sont à même de réaliser...


Ainsi, au Japon, pays en pointe dans le domaine de la technologie, mais qui ne fait plus d'enfants et dont la démographie est en chute libre, il est question d'éliminer et d'euthanasier les personnes âgées au-delà d'un certain âge ! Pour l'heure, seul le respect ancestral dont les anciens sont auréolés dans la culture nipponne a empêché la réalisation de cette abomination, mais pour combien de temps ?



Une science devenue folle...


L'idéal de cette dernière est la création d'un être humain sans père ni mère, sans filiation, sans passé et sans futur.

En France, les récents débats sur la PMA débouchera inévitablement sur la "gestation pour autrui", c'est-à-dire la commercialisation du corps de l'enfant et de la femme, en attendant l'avènement de l'utérus artificiel, qui libèrera la femme du "fardeau de la maternité" ! Il s'agit en outre, comme l'ont dit certains de nos ministres, se faisant l'écho de mouvements féministes, de détruire le couple et la famille et de faire de nos enfants des "propriétés d'état"...


Déjà, l'école obligatoire à trois ans est un premier pas visant à arracher l'enfant à "l'influence néfaste" de la famille, jugée institution ringarde. Le gouvernement s'intéresse aussi "aux mille premiers jours de l'enfant", sous prétexte que nombre de jeunes parents sont désemparés pendant cette période...


On voit poindre, à terme, l'idéal de la fameuse "république de Platon", où la famille n'existe plus, les enfants sont élevés par l'état dès la naissance dans des "communes populaires". Quant à la sexualité, découplée de la reproduction grâce à l'utérus artificiel, elle n'est plus là que pour le plaisir et s'accommode de communautés de femmes ayant remplacé la famille, à l'instar des communautés hippies des années 60-70 du siècle dernier...


Les enfants élevés en commun sont aussi une expérience tentée par la plupart des kibboutz en Israël, au début de l'aventure sioniste. Mais la majorité d'entre eux sont revenus à la famille traditionnelle après ce qui fut un lamentable échec.


Mais le comble de la folie, c'est le projet de créer un individu androgyne, ni mâle ni femelle, grâce à des manipulations génétiques et qui serait capable d'adopter tous les comportements sexuels inimaginables.

Certes, on en n'est pas encore là, loin s'en faut , mais c'est un objectif vers lequel on tend, notamment dans les cénacles transhumanistes.


Le problème, comme l'a si bien dit le regretté professeur Jacques Ellul, c'est qu'une des caractéristiques de la technique est l'imprévisibilité. Tout progrès technique provoque des effets secondaires néfastes qui n'avaient pas été prévus et qui vont en augmentant au fur et à mesure de la sophistication de la technique.

On cherche à résoudre ces effets par des solutions techniques qui, à leur tour, provoquent des effets secondaires imprévus et c'est un cercle vicieux qui, un jour, selon J. Ellul, provoqueront un blocage du système tout entier.


Derrière ces aberrations se cache en réalité le rejet des "toldot" et donc, de l'image de Dieu. L'homme voulant devenir lui-même Dieu, comme le lui avait déjà suggéré le serpent de l'Eden, cesse en fait d'être un homme pour devenir un esclave de l'adversaire, d'une machine robotisée, ouvrant la route à l'apparition de l'antichrist.



Et l'Eglise dans tout cela ?


Force est de constater que nous revenons à la situation qui précéda le déluge où les "géants" (hébreu : néphilim = êtres déchus) avaient proliféré sur la terre. Verra-t-on des sortes de monstres ravager cette dernière ?

Dans ce temps-là, une seule voix s'éleva contre cette évolution : celle de Noé et de sa famille. Cette "sainte famille" est contrastée avec ces familles dégénérées, où la polygamie "pour le plaisir", selon la tradition juive, avait pris droit de cité.


Où sont les Noé de ce temps ? Où sont les "prédicateurs de la justice ? Où sont ceux qui se dressent pour affirmer que la famille est le seul fondement stable d'une société qui, autrement, irait à la dérive ..


Il faut que l'Eglise retrouve à tout prix le sens du couple, du mariage stable et de la famille et combattre pour ce faire, en donnant elle-même l'exemple de familles qui ressembleront à celle de Noé. Certes, en agissant de cette manière, l'Eglise sera taxée de "ringarde, passéiste, vieux jeu, obstacle à la liberté et à l'épanouissement de l'individu" etc. Mais c'est pour elle le prix à payer, c'est la croix !


Certes, l'Eglise moderne a plus que toute autre chose horreur de ne pas être "dans le vent" ; elle pense que sa crédibilité dans le monde en dépend et comme l'a dit un philosophe, "être dans le vent, c'est être comme une feuille morte !" Oui, notre crédibilité aux yeux du monde en pâtira, mais vaut-il la peine pour que l'Eglise soit "de notre temps", pour reprendre un slogan à la mode, qu'elle sacrifie l'essentiel ?


Déjà, hélas, en son sein, ces mêmes éléments ont surgi : relations sexuelles avant le mariage, concubinage, adultère, pornographie, divorces et remariages, sans parler de l'homosexualité, qui sont tolérés, pour ne pas dire plus car bien sûr "il ne faut pas juger" et "Dieu est amour" ! Ne faut-il pas "dépoussiérer ce vieux livre qu'est la Bible" ?


Aujourd'hui comme hier, et tout comme le monde actuel, l'Eglise de ce temps est à un carrefour : choisir entre la sagesse et la folie. La sagesse est un arbre de vie. Selon le livre des Proverbes, elle est cet héritage patiemment accumulé au cours des siècles par les générations de ceux qui l'ont transmise fidèlement jusqu'à ce jour, selon cette chaîne ininterrompue des "toldot" ; ou bien alors, c'est la voie de la folie et selon ce même livre des Proverbes, la folie c'est la mort ! La mort de la société et celle de l'individu !


Si l'Eglise se tait dans ce moment crucial, qui parlera ? Quelle autre parole de sagesse se fera entendre ? L'Eglise aura failli à son rôle de sentinelle et Dieu lui en redemandera des comptes !



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