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KIPPOUR et L'APOCALYPSE


Le livre de l'apocalypse est souvent considéré comme le livre des catastrophes....

Or, « Apocalupsis » en grec signifie « dévoilement, révélation ». Ce livre a pour but de dévoiler ce qui se passera au « jour de l'Eternel » que les prophètes ont annoncé. Ce livre doit être lu en parallèle avec celui de Daniel qui n'est pas à proprement parler un livre prophétique, mais également une apocalypse.


On note qu'à la fin du livre au chapitre 12, Daniel fait part à l'ange qui lui parle de son incompréhension de ce qu'il a reçu. L'ange lui répond qu'il n'a pas à chercher à comprendre parce que cela ne le concerne pas, mais que ce n'est qu'au temps de la fin que des hommes sages comprendront. En attendant cette fin, Daniel reçoit l'ordre de sceller le livre pour qu'il ne puisse pas être compris avant le temps.

Par contre, dans l'apocalypse de Jean au chapitre 5, un livre est présenté, scellé de 7 sceaux. On peut penser qu'il s'agit bel et bien du livre de Daniel qui va être descellé par l'Agneau et donc devenir compréhensible.

Ainsi, l'Apocalypse est une explication des prophéties de Daniel. Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'à la fin du livre au chapitre 22, le même ange qui a parlé à Daniel prononce ces paroles diamétralement opposées à celles qu'il a dites au prophète : « Ne scelle pas le livre, car le temps est proche ! »




Le thème du deuxième exode


La foi d'Israël repose sur 2 certitudes :

1- Dieu a autrefois libéré son peuple de l'esclavage de l'Egypte. Cet événement fondateur est sans cesse remémoré, chaque jour dans les prières et à l'occasion de chacune des fêtes, selon qu'il est écrit : « Tu te souviendras de la sortie d'Egypte tous les jours de ta vie. »


2 – Si Dieu a agi de cette manière dans le passé, il le fera encore dans l'avenir et libèrera à nouveau son peuple de l'esclavage des nations. Il y aura un second exode, une nouvelle paque, un nouveau Moïse, le Messie, une nouvelle alliance. Ce thème du deuxième exode se trouve chez pratiquement tous les prophètes, dans les évangiles, et surtout dans l'Apocalypse.


Ce livre est construit autour du thème du second exode, on y retrouve donc la fête de Paque comme dans l'évangile de Jean qui est l'auteur des deux livres. Dès le début du livre, il y a la révélation du nom de Dieu, comme à Moïse dans le buisson ardent : « Celui qui est, qui était et qui vient ! ».


Il est ensuite question du peuple de sacrificateurs : « Il a fait de nous des sacrificateurs..» On sait que c'était là la vocation du peuple d'Israël, lors de l'alliance du Sinaï : « Vous serez pour moi une nation sainte et un peuple de sacrificateurs ». Au chapitre 4, on trouve l'agneau, qui renvoie à l'agneau de Paque et à la parole de Jean-Baptiste à Jésus au début de l'évangile de Jean : « Voici l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » .


Dans les lettres aux 7 églises, le vainqueur se voit promettre de la manne cachée, comme celle qu'ont mangée les israélites dans le désert, son nom ne sera pas effacé du livre de vie duquel Moïse avait demandé d'être ôté. On trouve aussi la mer de verre qui rappelle la Mer rouge devant laquelle les vainqueurs chantent le cantique de Moïse et de l'Agneau, c'est à dire le Cantique de la mer du chapitre 15 de l'Exode, chanté après le miracle de la délivrance.

On trouve aussi 3 septénaires de fléaux : les sceaux, les shofars et les coupes. Ces fléaux au nombre de 7, reprennent les plaies d'Egypte : l'eau changée en sang, les sauterelles, les grenouilles, les ténèbres etc.... Ces plaies s'abattent sur le royaume de la bête qui est le nouveau pharaon, le chef du quatrième empire de Daniel qui, selon les sages d'Israël, est une résurgence de Babylone que l'on retrouve d'ailleurs à la fin du livre sous la forme de la grande prostituée. Le peuple de Dieu est invité à fuir cette ville : « Sortez du milieu d'elle mon peuple...» Tel un deuxième exode vers une nouvelle terre promise et la nouvelle Jérusalem.

Ce sont là quelques aspects de ce nouvel exode qui jalonne tout le livre.



Kippour et l'Apocalypse



Mais pour Jean, déjà dans son évangile, il y a une autre fête qui est complémentaire de Paque, c'est celle de Kippour : la fête des expiations. Kippour vient d'une racine qui signifie : recouvrir, parce qu'en ce jour le grand prêtre recouvrait le couvercle de l'arche : la Kaporet (même racine) avec le sang du bouc expiatoire. Le jour du Kippour était non seulement le jour des expiations, mais aussi l'anticipation du jugement. Selon les sages, en ce jour chacun doit se présenter devant Dieu comme s'il se présentait au jugement dernier, donc après être passé par une profonde repentance.


C'est un jour où Dieu ouvre les livres dans le ciel, et notamment le Livre de vie et y inscrit le nom des élus, d'où le souhait que l'on échange à cette période de l'année, « une bonne signature...» sous-entendu : dans le livre de vie !


Mais c'est aussi un jour où les destins se scellent comme cela sera le cas au jour du jugement. Si l'on ne s'est pas repenti avant la fin du jour, en principe après il est trop tard, la porte du pardon est fermée. Les dix jours qui ont précédé ont été marqués par les sonneries des shofars depuis la fête du Rosh Hashana la « Fête des shofars ». A la fin du Kippour, au moment du lever des trois premières étoiles, on sonne pour la dernière fois le shofar, ce qui marque la « néhila » : la fermeture, c'est à dire la fermeture des portes du pardon. Si l'on ne s'est pas repenti quand retentit le shofar, il est trop tard, les destins sont scellés.


Dans le livre de l'Apocalypse, Jean est enlevé dans le Temple céleste et il voit le grand-prêtre du Temple céleste qui n'est autre que Jésus, occupé à allumer les chandeliers, or, en temps normal ce n'est pas le grand-prêtre qui s'acquitte de cette tâche, mais ce sont des prêtres subalternes. Seul le jour du Kippour le grand-prêtre accomplit les tâches qui en temps normal sont celles des prêtres subalternes, ce qui veut dire que le « Jour du Seigneur » Jean est enlevé, (jour, qui est une période de temps et non pas un jour de 24 heures...) n'est autre qu'un jour de Kippour, c'est à dire le temps des jugements de Dieu et des ultimes destinées des hommes.


On assiste en effet à la manifestation de ces jugements de Dieu dans la suite du livre, notamment au travers des trois septénaires, ce sont les fléaux que nous avons évoqués plus haut. Ces septénaires s'emboîtent les uns dans les autres comme une poupée russe. Quand on arrive au septième sceau, on a l'impression que tout est terminé, mais il n'en est rien, commence alors le septénaire des shofars. Au septième shofar, on peut aussi penser que tout est fini, mais commence alors la série des coupes qui, cette fois-ci, est vraiment la fin.


Le but de cette structure est de montrer la patience de Dieu. Les fléaux vont d'ailleurs en s'amplifiant, leur but est d'appeler les hommes à la repentance, et ceci en vain. Si bien qu'on arrive à la plénitude des jugements de Dieu. C'est une manière aussi d'indiquer aux lecteurs de l'époque que la fin ne viendra pas si vite.


Parmi les septénaires, on en trouve deux qui sont directement liés au Kippour. Les sept shofars, avec le dernier shofar qui marque la « néhila » avec la fermeture du temps de grâce, où il nous est dit qu'il n'y a plus de délai et la porte du pardon est fermée pour les pécheurs impénitents. Il ne reste plus que la manifestation des sept derniers fléaux : les coupes.


Ces dernières sont aussi en relation avec Kippour. Le traité Yoma du Talmud qui décrit le rituel du Kippour, nous dit que durant ce jour, on faisait sept libations de vin sur les bases de l'autel. Ici il ne s'agit pas de libations de vin sur l'autel, mais les coupes contiennent la colère de Dieu et sont jetées sur la terre où elles produisent des catastrophes. Mais nous restons dans ce contexte du rituel du Kippour.


Enfin, le livre s' achève sur la description du jugement dernier où tous les morts passent devant le Juge suprême comme le veut la tradition du Kippour. Des livres sont ouverts et seuls ceux qui sont inscrits dans le Livre de vie ont part à la vie éternelle. Là aussi, nous sommes dans le cadre du rituel de Kippour. Ainsi, le livre de l'Apocalypse apparaît comme le livre de la délivrance des élus et du jugement des impies, symbolisés par ces deux fêtes : pâque pour la délivrance, Kippour pour le jugement.


Le livre de l'Apocalypse est l'un des livres les plus juifs du nouveau testament, il reprend les grands thèmes de la tradition juive. Selon le Professeur Flusser, il aurait d'abord été écrit en hébreu et ensuite traduit en grec. Puisse ce livre nous éveiller par ces réalités et nous aider à faire le bon choix, avant que ne vienne le Grand Jour de l'Eternel !



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