Retrouver nos racines


Depuis plusieurs décennies, un certain nombre de chrétiens - surtout des évangéliques - ont pris conscience qu'il est temps de revenir aux racines de la foi chrétienne face à la crise actuelle, et que ces racines se trouvent au sein du peuple d'Israël.



Il s'agit de se regreffer sur l'olivier d'Israël, selon la célèbre parabole que l'on trouve en Romains 11. Mais le problème est de savoir concrètement quelles démarches suivre pour que cette intention parfaitement louable puisse se réaliser.



On découvre de plus en plus que l'Evangile qui est prêché dans la plupart de nos églises nous est en fait parvenu par la tradition gréco-romaine, qui a fait de la philosophie grecques, celle de Platon et d'Aristote, la "préparation evangelica", coupant ainsi l'Evangile de ses racines juives.

Cette substitution fut l'œuvre de la première génération des Pères de l'Eglise au début du IIe siècle de notre ère : les apologètes.


Jusqu'alors, l'Evangile restait un message juif qui ouvrait aux nations les portes de la nouvelle alliance conclue avec le peuple d'Israël. Après la destruction du Temple en 70, le peuple d'Israël redevint un peuple suspect, auquel il n'était pas recommandé de s'identifier. Mais, surtout dans le monde romain où l'évangile se répandait rapidement, le christianisme était considéré par l'intelligentsia comme une "grossière superstition", pour reprendre l'expression de l'historien latin Tacite, qui touchait essentiellement les petites gens, les esclaves, les ignorants...


De la communion à la rupture


Au début du IIe siècle, les Pères apologètes qui prirent la direction du christianisme à la suite des apôtres disparus, étaient tous d'anciens philosophes grecs imbus de l'antisémitisme qui caractérisait ces derniers.

Les apologètes, comme leur nom l'indique, cherchèrent à démontrer de l'intelligentsia greco-romaine, que loin d'être une grossière superstition recevable uniquement par les ignorants et les esclaves, le véritable christianisme était parfaitement cohérent avec ce que le monde greco-romain avait produit de mieux : la philosophie de Platon et d'Aristote. Pour se faire, ils coupèrent l'Evangile de ses racines juives qui devinrent "l'Ancien Testament" (réalité caduque et dépassée) pour les greffer sur la philosophie grecque. Ils firent donc une synthèse entre l'Evangile et la philosophie, et tentèrent de la "vendre" - non sans succès - à l'intelligentsia romaine, ce qui consomma la rupture entre les deux religions. Ce sont deux fois qui poursuivirent indépendamment leur route, souvent même en opposition.


C'est cet Evangile héllénisé qui nous est parvenu. Même la réforme du XVIe siècle ne parvint pas à remettre en cause cette greffe contre-nature, de sorte que même chez les évangéliques, c'est aussi par les Pères de l'Eglise que l'Evangile est parvenu, même si la plupart n'en sont pas conscients et même s'en offusquent, si on tente de le démontrer.


Or, depuis les années soixante du siècle dernier, de nombreux théologiens et des fidèles se demandent si, ce faisant, on n'a pas fait fausse route ? Ne conviendrait-il pas de "déshelleniser" l'Evangile pour le "rejudaïser" ?


Ce fut ce qu'on a appelé la "troisième recherche du Jésus historique", la redécouverte de la judéité du Seigneur, et le fait de réaliser à quel point le nouveau testament s'enracinait dans la tradition juive. Ce mouvement qui prit son point de départ chez les évangéliques, toucha une minorité dans la plupart des églises et amena de nombreux chrétiens à chercher à se regreffer sur l'olivier d'Israël




Des excès et des dérives


On compris alors qu'une telle démarche impliquait de se tourner vers le monde juif.

Or, la littérature juive est un véritable océan, en général totalement inconnu de la plupart des chrétiens qui ne savent pas comment l'aborder et qui parfois s'y noient.

C'est ainsi que beaucoup basculent dans une "judaïsation" excessive, dans le mauvais sens du terme.

On ne peut aborder cet univers, véritable terra incognita, sans une sérieuse préparation ; ce qui implique qu'il faut être guidé par des gens avertis qui sauront conduire les néophytes dans un dédale où ils risqueraient de se perdre.


Ainsi, beaucoup s'imaginent que pratiquer des coutumes juives, le shabbat, les fêtes, la cashrout etc leur apportera un plus et fera d'eux des chrétiens d'une essence supérieure au "vulgus pécus". D'autres se recherchent des origines juives, soit parce qu'ils ont un nom qui pourrait "sonner juif" ou parce qu'ils se découvrent un vague ancêtre juif. Là aussi, l'idée est que si l'on a des origines juives, on est des chrétiens d'une essence supérieure.


Il n'est pas question de nier qu'il soit licite pour un chrétien de participer ponctuellement à telle ou telle cérémonie juive, à commencer par le culte de la synagogue. Cela amène un intérêt pédagogique certain et c'est aussi une occasion de se lier d'amitié avec les membres de la communauté juive locale, mais il n'est pas question d'en faire une obligation, une contrainte, ni encore moins de juger ceux qui ne pratiqueraient pas de telles choses en pensant que c'est un brevet de supériorité spirituelle... C'est en tout cas ce que Paul expose dans l'épître aux Romains à partir du chapitre 12 et jusqu'au chapitre 15.


Il ne saurait être question, pour un chrétien, de revenir à des pratiques juives, mais on peut tirer de ces pratiques des leçons spirituelles utiles pour notre vie chrétienne, comme le dit l'apôtre Paul dans l'épître aux Colossiens : "C'était l'ombre des choses à venir". Ainsi, l'ombre nous permet de trouver la réalité.



L'intérêt d'un retour aux sources juives de l'Evangile, c'est de permettre au chrétien de comprendre d'où il vient, parce que la véritable préparation évangelica n'est pas la philosophie grecques, mais bel et bien le judaïsme que Jésus et les apôtres ont pratiqué. Paul nous met en garde : "n'oublie pas que ce n'est pas toi qui portes la racine, mais que c'est la racine qui te porte." Il devient urgent de se regreffer sur l'olivier d'Israël, mais cette aventure est pleine de risques. C'est un exercice d'équilibriste sur une corde raide ; il s'agit de ne pas tomber ni dans un excès, ni dans un autre !



Une aventure à risques...


Pour ceux qui démarrent dans cette recherche, il nous semble que le premier pas consisterait à effectuer un voyage d'étude en Israël, sous la direction d'un guide spirituel compétent. Ce sera une révolution dans la compréhension de la Bible et ce n'est pas sans raison qu'Ernest Renan qualifiait la terre d'Israël de "cinquième évangile" !


Une autre manière de revenir aux sources est de s'initier à l'hébreu : là aussi, il s'agira d'une nouvelle façon de lire la Bible. Nombreux sont aujourd'hui les chrétiens qui s'attellent à cette tâche exigeante et contraignante mais tellement bénéfique pour ceux qui s'y livrent ! Nous ne pouvons que nous féliciter de cet intérêt.



Attention aux faux docteur !


Il nous faut mettre en garde nos lecteurs à l'endroit d'un certain nombre de personnages qui s'érigent eux-mêmes en "docteurs du judaïsme" et s'auto-proclament entre autres "rabbis messianiques". La plupart d'entre eux ne sont reconnus par personne, si ce n'est par eux-mêmes et par les "fans" qu'ils ont réussi à séduire... Certains sont tout simplement des escrocs qui profitent de l'ignorance de la plupart des chrétiens intéressés par Israël, à qui ils en "mettent plein la vue" !


D'autres sont des imposteurs, en mal de notoriété et qui profitent des connaissances réelles ou supposées qu'ils ont de la tradition juive pour se faire un nom.

Or, le public est souvent incapable de juger du bien fondé de leurs affirmations parce qu'il manque de recul et du critère qui lui permettait de les juger.


Ces pseudos "rabbis messianiques" sont en général des électrons libres qui n'ont de communion réelle avec personne et ne sont donc contrôlés par personne.

Avant de se mettre à l'école de semblables personnages, il convient donc de se renseigner sur la véritable nature de ces enseignants. Il existe en effet de grandes organisations chrétiennes d'aide à Israël, qui sont mondialement reconnues et qui depuis des dizaines d'années ont fait leurs preuves. Il est beaucoup plus sûr de passer par ces dernières.


Il est important de préciser qu'aller à la rencontre d'Israël doit se faire sans la moindre arrière-pensée, notamment de prosélytisme, ce qui impliquerait un esprit de supériorité que Paul condamne dans le chapitre 11 de l'épitre aux Romains. On ne va pas vers Israël pour "convertir" les juifs, mais pour écouter et apprendre sur un pied de parfaite égalité, tout en sachant qu'humblement, nous pouvons nous aussi avoir des choses à transmettre. Nous ne sommes pas des ignorants et nous aussi avons des expériences solides dans les contacts avec Dieu. Le peuple d'Israël ne nous est pas supérieur : il ne s'agit pas de l'idolâtrer, ce sont seulement nos frères aînés et ils jouissent donc d'un droit de priorité devant Dieu, mais devant ce même Dieu, nous ne leur sommes pas inférieurs.


C'est pourquoi nous aimerions rappeler cette parole de Joseph, le fil de Jacob. A l'inconnu qui le rencontra et lui demanda ce qu'il cherchait, Joseph répondit : "Je cherche mes frères !"


Dans le cadre de la nouvelle alliance, juifs et chrétiens sont frères. Après des siècles d'ignorance mutuelle, il est temps que les chrétiens se mettent à la recherche de leurs frères : les uns et les autres ne pourront qu'en bénéficier et le monde extérieur ne pourra qu'en être interpellé quand il verra qu'à la haine a succédé l'amour !




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