Je te donne ce pays pour TOUJOURS

Article paru en 1992 dans le keren n°16 "Les chrétiens amis d'Israël, nouveaux hérétiques ?"


Sommes-nous hérétiques parce que nous croyons tout ce qu'ont écrit les prophètes ? Parce que nous croyons tout ce que croyaient Jésus, les apôtres et l'église primitive ?


Pour le peuple juif, tout au long de son histoire, donc pour Jésus et ses disciples, "l'Ecriture ne pouvait être anéantie."


Un jour, Jésus demanda à un docteur de la loi : "Qu'est-il écrit dans la Thora, qu'y lis-tu ?" C'est à elle que nous nous rapporterons pour répondre à la question qui nous intéresse : la Bible reconnait-elle un droit de possession actuel au peuple juif sur la terre d'Israël ?



La Genèse : titre de propriété du peuple juif sur sa terre


Il est indéniable que la vocation d'Israël, sa mise à part pour être un peuple témoin et porter la révélation de Dieu au monde entier, est expressément liée au don de la terre de Canaan. Cette promesse scellée par l'alliance entre les animaux partagés (Genèse 15) est maintes fois rappelée dans le livre de la Genèse.


"Va-t'en de ton pays", dit Dieu à Abraham, "vers le pays que je te montrerai. Car tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours..." (Gen. 13 v 15). Genèse 15 v7 : "Je suis l'Eternel qui t'ai fait sortir d'Our des Chaldéens pour te donner ce pays en possession", puis au verset 18 : "Je donne ce pays à ta descendance."


Genèse 17 v 8 : "Je te donnerai ce pays en possession éternelle à toi et à tes descendants après toi." La genèse est donc le document qui authentifie le droit de propriété de la descendance d'Abraham sur le pays de Canaan "pour toujours."


Le serment fait à Abraham est répété à Isaac (et non à Ismaël) en Genèse 26 v 3 et à Jacob (Genèse 28 v 13, 35 v 12, 48 v 4, 50 v 24). Il y a donc choix souverain de Dieu d'une terre et d'un peuple pour apporter au travers d'eux son salut à "toutes les familles de la terre". Or, de même que les nations ont jalousé Israël et contesté son élection en tant que peuple, elles contestent aujourd'hui l'élection de la terre et le don que Dieu en a fait à Israël ; c'est fondamentalement la même démarche.



Les cycles prophétiques


Quand après avoir pleuré sur Jérusalem Jésus annonce sa destruction et son retour (Luc 21), à la fin du "temps des nations", il décrit le cycle prophétique de l'histoire juive : destruction, désolation, dispersion, retour, que l'on trouve déjà avant lui dans la Thora et les prophètes.


Ce cycle apparaît pour la première fois dans Genèse 15 : l'alliance entre les animaux partagés, où nous lisons : "Sache que tes descendants seront captifs pendant 400 ans dans un pays qui ne sera pas le leur... puis à la quatrième génération, ils reviendront ici avec de grandes richesses, car l'iniquité des Amoréens n'est pas encore arrivée à son comble", "mais le peuple qui vous opprime, moi l'Eternel, JE LE JUGE." Cette dernière expression est au présent prophétique, forme rare en hébreu biblique, qui signifie une loi immuable qui se répète à toutes les générations : le peuple qui se dresse contre Israël, reçoit de Dieu son jugement.


On retrouve ce cycle en Lévitique 26 v 41 : "Moi aussi, Je leur résisterai et les mènerai dans le pays de leurs ennemis, alors leur cœur incirconcis s'humiliera... Je me souviendrai de mon alliance avec Abraham, Isaac et Jacob et Je me souviendrai du pays."


Puis en Deutéronome 30 v 4 : "Quand tu serais banni aux extrémités du ciel, l'Eternel ton Dieu te rassemblera, Il te fera revenir dans le pays qu'ont possédé tes pères… L'Eternel ton Dieu circoncira ton cœur pour que tu aimes l'Eternel ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives... Et toi, tu reviendras et obéiras à la voix de l'Eternel, ton Dieu."


Le même cycle apparaît chez les prophètes classiques, à la fois quand ils prophétisent le retour de Babylone comme le grand retour de la fin (Esaïe 11 v 11-16, 27 v 13 cité dans les prières quotidiennes pour le retour à Sion, 34 v 16-17, Ézéchiel 11 v 17-18, Ézéchiel 37, Joël 3 v 1-2, Amos 9 v 14-15, Abdias 17 v 26, Sophonie 3 v 20, Zacharie 8 et bien d'autres...).



Dans le nouveau testament


Tout le nouveau testament considère comme un fait acquis les données de l'Ancien par rapport à Israël. L'épître aux Hébreux, par exemple, cite les promesses faites aux patriarches qui se sont mis en route vers la terre promise (seul texte où cette expression apparaît).


Dans le sermon sur la montagne, Jésus cite Jérusalem comme la "ville du grand roi" (citant ainsi le psaume 87). Il faut être de mauvaise foi pour penser que Jésus aurait été d'accord avec l'internationalisation de la "ville du grand roi !"


Jérusalem, ville du grand Roi

L'antisionisme des milieux chrétiens n'est rien d'autre que le résultat de leur décadence spirituelle qui doute de Dieu et de sa Parole, et tente de se faire accepter par les païens de ce temps en empruntant leurs manières de raisonner. Ils veulent nier que, pour la Bible, l'existence normale d'Israël est dans son pays et non dans l'exil ; c'est seulement sur sa terre qu'Israël peut vraiment être bénédiction de Dieu pour tous les peuples !


Le nouveau testament évoque à de nombreuses reprises l'exil et le rassemblement d'Israël (donc ici, pas le retour à Babylone), voir par exemple Luc 21. Lire ce texte sans à priori nous amène tout naturellement à voir, dans les événements actuels, l'accomplissement de cette prophétie, à moins d'être de totale mauvaise foi. C'est si vrai que même au 16e siècle certains ont pu annoncer le retour d'Israël dans son pays comme préalable au retour de Jésus, comme le feront à partir du 17e siècle de nombreux chrétiens anglo-saxons.


Un autre texte intéressant se trouve en Actes 1 v 6, où Jésus ne nie pas la restauration du royaume d'Israël ; on peut même dire qu'il la confirme même s'il s'oppose à une eschatologie un peu trop concrète et détaillée.


Il est donc évident que comme la majorité des Juifs de son temps, Jésus croyait au rassemblement eschatologique d'Israël dans sa terre.


Le fait est que dans la lettre comme dans l'esprit, la Bible toute entière, ancien et nouveau testament, reconnaît le caractère unique du lien entre le peuple d'Israël et sa terre. Mais avoir foi en Dieu, c'est aussi reconnaître que rien n'arrive sans qu'Il le permette, surtout quand il s'agit d'un événement historique hautement improbable comme le maintien d'un peuple, sans terre, sans institutions politiques et sa résurrection après 2000 ans dans des conditions d'opposition dont il n'existe aucun parallèle dans l'histoire.


Etre croyant, c'est aussi reconnaître que Dieu exauce les prières persévérantes. Or, depuis 2000 ans, le peuple juif ne cesse de prier tous les jours : "Sonne le grand shofar de notre libération, rassemble-nous dans Jérusalem, ta ville sainte, des quatre extrémités de la terre."


Affirmer qu'il n'y a aucun rapport entre cette prière et la résurrection actuelle d'Israël est bien faire preuve d'une singulière mauvaise foi !


Pourtant avec le sage, nous pouvons dire : "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil !" Cet aveuglement n'était-il pas déjà le fait des hommes religieux de l'époque de Jésus ? Ce qui amenait le prophète à s'écrier : "Qui a cru à ce qui nous était annoncé, qui a reconnu le bras de l'Eternel !"


Jésus ne disait-il pas, pour sa part, "hommes sans intelligence, lents à comprendre et à croire tout ce qu'ont écrit les prophètes !" C'est encore la vieille tradition du jardin d'Eden : "Dieu a-t-il réellement dit ?" Que l'on puisse contester tel ou tel aspect de l'aventure sioniste ou de l'état d'Israël moderne n'est évidemment pas en cause, mais nier que globalement il s'agisse du "doigt de Dieu" est incompréhensible. Et si cette question était, après tout, un des critères de la vraie foi ? Alors les hérétiques ne seraient pas ceux qu'on pense !

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