Le massacre de la Saint-Valentin

La fête des amoureux est généralement synonyme de joie et d’amour. Pourtant, un événement tristement célèbre vient entacher cette réputation. Aujourd’hui, deux noms de rues dans l’île de la cité, la rue des Juifs et la rue Brûlée, témoignent du plus grand pogrom du moyen âge qui éclata le samedi 14 février 1349, jour où les 2000 juifs de la ville de Strasbourg furent brûlés vifs.


Une période sombre

Strasbourg, février 1349. Un vent de mort s’abat sur l’Europe occidentale. La peste noire étend son ombre ravageuse de pays en pays, décimant près de la moitié de la population européenne. Comme souvent, l’homme cherche un coupable à ces terribles maux. Ce coupable est tout trouvé. On accuse les juifs d’empoisonner les puits des villes et d’ainsi propager la peste. Une vague de pogroms accompagne alors l’épidémie dévastatrice, touchant particulièrement la communauté juive alsacienne. Après des révoltes antisémites à Bâle, Colmar et Sélestat, Strasbourg se prépare à passer à l’acte…


Strasbourg, ville protectrice ?

Cathédrale de Strasbourg. Crédit photo : O.C.

A l’image de sa cathédrale, considérée alors comme la plus haute de l’époque et qui règnera pendant quatre siècles sur le monde, Strasbourg est une cité prospère où le commerce est florissant. Mais elle ne sera pas épargnée par le mal. Arrivée aux portes de l’imposante ville alsacienne, la nouvelle de la propagation de la mort noire voit naître un climat de panique parmi les strasbourgeois. Malgré les dispositions prises par les notables afin d’assurer la protection aux juifs, les tensions montent. Les juifs sont depuis quelques temps rassemblés dans un quartier de la ville gardé par des gens armés, pour veiller à ce qu’ils ne soient pas assassinés gratuitement. En effet, à l’époque, une des seules professions qu’un juif est autorisé à exercer est celle de prêteur. Or, ce métier ne bénéficie pas d’une bonne réputation et engendre souvent des conflits d’intérêt. Pourtant, sans ces prêteurs, c’est toute l’économie de la ville qui risque d’être affaiblie. Le maire de l’époque, le Meister Pierre Schwaber, accorde toute sa protection à cette communauté en danger. Un juste avant l’heure. Sa bonne volonté ne suffira malheureusement pas à empêcher les atrocités commises quelques jours plus tard.


La Saint-Valentin

Le 9 février, Pierre Schwaber est démis de ses fonctions ainsi que deux autres notables de Strasbourg. Les artisans de la ville, accompagnés de certains nobles, décident d’en finir avec la « question juive ». Le jour de la Saint-Valentin, une foule assoiffée de sang enfonce la barrière de séparation du ghetto et s’engouffre dans les rues du quartier juif, dans la brume qui prélude l’aube. Armés de fourches et de bâtons, ces bourreaux se précipitent dans les maisons de leurs victimes et égorgent hommes, femmes et enfants au rythme des chants sauvages de femmes hystériques. Puis, la plupart des malheureux encore vivants sont rassemblés dans le cimetière juif où s’élève déjà un brasier gigantesque. Là, les juifs se retrouvent devant un choix : la conversion ou les flammes du bûcher. La foule s'acharne avec prédilection sur les petits enfants juifs : ils reçoivent le baptême avant d'être jetés au bûcher. Les chroniqueurs relèvent avec admiration la noble attitude des femmes juives : elles arrachaient leurs enfants aux mains des baptiseurs pour les jeter sur le bûcher où elles les suivaient aussitôt… Ce jour-là, la quasi-totalité des habitants juifs de la ville de Strasbourg (entre 900 et 2000 personnes selon différentes sources) sont massacrés. Seuls échappent un certain nombre d’enfants et quelques adultes qui abjurent leur foi.


S'il n'y avait qu'une phrase à retenir pour ce pogrom, ce serait la description d'un chroniqueur allemand de l’époque : « Le vendredi on a capturé les juifs, le samedi on les a brûlés, ils étaient 2 000 comme on les a estimés ». Quelques semaines après le massacre, la peste atteint la capitale bas-rhinoise.


Les juifs réhabilités ?

Après ce terrifiant événement, plusieurs souverains étrangers s’insurgent. Il apparaît rapidement que le but inavoué de cette tragédie était de se libérer des dettes contractées auprès des Juifs et de s’approprier leurs biens. En effet, les nobles avaient énormément de crédits. Leur annulation les aide à rétablir leur situation financière. Pourtant, aucune sanction ne sera retenue contre les commanditaires de ce massacre et pendant plus d’un siècle, plus aucun juif ne sera accepté en ville. Leur présence sera ensuite tolérée pendant la journée, mais tout juif devait avoir quitté la ville le soir à 22h. Pour cette raison, la grosse cloche de la cathédrale sonnait à l’heure fatidique pour annoncer la fermeture des portes et rappeler l’obligation aux juifs de quitter la cité. Il faudra attendre la révolution de 1789 pour que cette communauté obtienne la nationalité française et soit autorisée à rentrer de nouveau dans la capitale alsacienne.

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