Un défi pour notre temps

Article paru en 1981 dans le Hashomer n°16 Israël après les élections : sommes-nous à la veille d'une crise des valeurs ?


Une légende rabbinique raconte qu'Abraham était le premier missionnaire. Il avait pour habitude, dit-on, de relever les quatre coins de sa tente pour surveiller les quatre coins de l'horizon. Lorsqu'il voyait passer un voyageur, il se précipitait à sa rencontre, se prosternait devant lui, le faisait entrer dans sa tente et lui offrait ce qu'il avait de meilleur. Puis, quand le voyageur était rassasié et satisfait, il lui disait : "Maintenant, nous allons rendre grâces à celui qui nous a donné toutes ces choses". C'est ainsi qu'Abraham parlait de son Dieu.


Un jour, alors qu'Abraham surveillait les abords de sa tente, il vit passer un vieux mendiant, laid, sale et repoussant. Surmontant sa répulsion, il se leva, courut à sa rencontre, se prosterna devant lui et, selon son habitude, le fit entrer dans sa tente pour lui offrir ce qu'il avait de meilleur. Puis, selon sa coutume, il l'invita à rendre grâce au Très-Haut. Il eut alors la surprise de voir le mendiant se rebeller et déclarer : "J'ai mes dieux, je ne connais pas ton Dieu et je ne lui rendrai pas grâce." Indigné par l'audace de ce mendiant qu'il avait accueilli et qui insultait son Dieu, Abraham entra dans une violente colère et chassa le mendiant.


Alors qu'il était encore tout frémissant d'indignation, il entendit la voix du Tout-Puissant qui l'appelait :"Abraham ! Abraham !" Il se prosterna en disant "Me voici." Alors le Seigneur reprit : "Cela fait 90 ans que je nourris ce mendiant et je n'ai jamais attendu de lui un seul merci, et toi pour une fois que tu l'as nourris, tu exiges de lui une parole de reconnaissance ?" Abraham compris immédiatement la leçon et se mit à courir après le mendiant pour réparer son erreur. Mais ce dernier, croyant qu'Abraham était toujours aussi indigné, s'enfuit de plus belle, jusqu'à ce qu'enfin Abraham le rattrape et lui demande pardon. De là vient dans le judaïsme la tradition de tolérance.


Hélas, on assiste aujourd'hui dans le monde à une montée du fanatisme et de l'intolérance religieuse.


Une résurgence inquiétante au XXe siècle


Malraux disait que le XXIe siècle serait religieux. Le retour aux différentes traditions religieuses qui marquent surtout le Moyen-Orient, est peut-être un signe avant-coureur de ce phénomène.

Néanmoins, on peut s'interroger et s'inquiéter sur la forme que prend ce renouveau religieux...


ultra-orthodoxe attaquant une voiture qui traverse le Mea Shearim un soir de shabbat

En Iran, les dernières consignes données par les ayatollahs visent à achever les blessés dans les manifestations, à fusiller les enfants, tout cela au nom de Dieu. En Israël, les ultra-orthodoxes manifestent un esprit d'intransigeance et d'obscurantisme moyenâgeux. Dans le monde chrétien, les "chrétiens marxistes" prônent la lutte des classes, tandis que le conseil œcuménique des églises octroie des fonds à des organisations révolutionnaires pour qu'elles achètent des armes.


Oui, le fanatisme religieux est bien le plus exécrable qui soit, parce qu'au nom de Dieu, il est capable des pires excès qui discréditent aux yeux des hommes les choses de Dieu.



Un plan satanique


Certes, ces actes sont le fait d'une petite minorité, et on ne saurait incriminer les nombreux croyants des trois religions qui ont une autre vision des choses de Dieu. Néanmoins, le drame c'est que souvent, comme en Iran, ces extrémistes sont ceux qui "donnent le ton" et conduisent, qu'on le veuille ou non, le grand public à des assimilations rapides, en "mettant tout le monde dans le même sac".


Dans l'avion qui nous ramenait d'Israël, nous avons été témoins d'une conversation entre une jeune fille athée et d'un jeune juif pratiquant. Cette dernière rejetait a priori les réflexions, par ailleurs très sensées et très équilibrées de son vis-à-vis, à cause des excès dont elle avait été témoin de la part des ultra-orthodoxes. Pour elle, religion était synonyme de fanatisme.


Cette assimilation rapide est bien le but de Satan en provoquant ces explosions de fanatisme. Il cherche à tout prix à jeter l'opprobre sur toute croyance en Dieu, afin que les hommes se détournent de leur créateur.


Il y a là un défi à relever pour tous les véritables croyants : montrer aux hommes de notre temps ce que sont vraiment les choses de Dieu, à l'exemple d'Abraham, cité plus haut.



Tu aimeras...


Le résumé des exigences divines n'est-il pas cette règle d'or qu'évoquait Jésus et les rabbins "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur... et ton prochain comme toi-même" ? Cela ne signifie-t-il pas respect de l'autre et de ses convictions, donc tolérance et équilibre ?



La puissance de la vérité


Le réformateur Jean Huss

Jean Huss, le réformateur tchèque qui mourut sur le bûcher, victime du fanatisme et de l'intolérance religieuse de son temps, est mort dit-on en prononçant ces paroles : "la vérité vaincra".


Si on est sûr de ses convictions, pourquoi tenter de les imposer aux autres par la force ? Si nos convictions sont vraies et sont vécues par nous authentiquement, ne finiront-elles pas par s'imposer par leur force même ? L'apôtre Paul disait : "Nous n'avons pas de puissance contre la vérité, nous n'en avons que pour la vérité". Il parlait par expérience, lui qui avait tenté de stopper par le force la diffusion du Christianisme, avant d'être lui-même terrassé sur le chemin de Damas.


L'attitude du sage Gamaliel que nous rapporte le livre des Actes, est de beaucoup la meilleure : "Si cette œuvre vient des hommes, disait-il, elle se détruira d'elle-même, mais si elle vient de Dieu vous ne pourrez rien contre elle, ne courez pas le risque de lutter contre Dieu".


Face à cette montée des fanatismes en tous genres, la seule sauvegarde reste l'ancrage dans le message biblique parfaitement équilibré qui nous gardera de tout excès dans un sens ou dans un autre. Profondément vécu et incarné, il deviendra une réponse aux défis de ces fanatismes et montrera aux hommes qu'il existe une autre voix que celle-là. Oui, il est urgent que tel Abraham, dépassant ses propres réactions charnelles, nous apprenions à agir selon la pensée de Dieu.



Crédit photo : Rijksmuseum, CC0, via Wikimedia Commons

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