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Pourquoi s'intéresser à Israël ?

Il y a quelques années de cela, je m'entretenais d'Israël avec un médecin chrétien, homme consacré et très engagé dans son église. Soudain, il m'interrompit un peu brusquement en me disant : "Mais pourquoi vous intéressez-vous autant à Israël ?" Je lui répondis : "Parce que la Bible en est pleine, elle est le livre d'Israël et on ne peut la comprendre sans Israël. Je suis israélo-centrique, parce que la Bible l'est !"



Nos racines...


Jésus est juif, le christianisme est juif, le Nouveau Testament est juif, et pourtant, le fait que le Nouveau Testament soit tellement rempli d'Israël ne semble pas interpeller la majorité des chrétiens qui lit ce livre, comme si Israël en était totalement absent.


D'aucuns vont même jusqu'à prétendre que trop souligner la position d'Israël enlève quelque chose à la gloire de l'Eglise. Or, comme l'a dit un théologien chrétien " c'est quand elle se penche sur le mystère d'Israël que l'Eglise découvre son propre mystère", c'est-à-dire qu'elle se comprend elle-même.



Dieu n'a pas rejeté son peuple


La théologie de la substitution a popularisé l'idée que pour ne pas avoir reçu le message chrétien, Israël a perdu son élection et sa Torah.

Or, Paul nous dit exactement l'inverse en Romains 9 verset 1 ; malgré l'infidélité d'Israël que Paul déplore jour et nuit, les privilèges d'Israël, ses alliances, son élection etc. demeurent intacts. Et s'il est vrai que Dieu a un contentieux avec son peuple, Paul recommande aux non-juifs d'être les témoins silencieux et respectueux du procès de Dieu vis à vis de son peuple.



Nous touchons là au cœur même de ce que Pau appelle le "mystère d'Israël". Il s'agit de deux lignes théologiques qui se télescopent : d'une part, la vocation d'Israël est inconditionnelle, mais le salut pour le juif comme pour le non-juif s'obtient par la foi seule. Comment concilier ces deux réalité ? C'est là le mystère !


Israël est élu en tant que peuple, les nations le sont en tant qu'individus.

L'élection d'Israël ne dépend pas de sa foi en Jésus, celle des païens ne peut en être séparée.

Luc notamment, montre que les racines de l'évangile sont juives. La fin du livre des Actes s'achève sur une discussion sur la valeur de l'Evangile et la messianité de Jésus, entre les juifs qui croient et ceux qui ne croient pas.


Jusqu'à ce jour, le débat se poursuit dans ce domaine. Depuis 2000 ans, tout a été dit, aucune autre parole n'est possible.

Pourtant, Paul craignait de voir les païens rejeter Israël et même les juifs croyants. Dans les chapitres 9 et 10 de l'Epître aux Romains, Paul adresse aux nations un plaidoyer pathétique, pour que quand elles seront devenues majoritaires dans l'Eglise et donc auront pris le pouvoir, Elles ne se retournent pas contre Israël et ne rejettent pas leurs frères juifs.


Paul était conscient que cette évolution pouvait faire courir à l'Evangile le risque d'une "paganisation". Hélas, ces avertissements n'ont pas été pris en compte et tout ce que Paul redoutait et entrevoyait s'est malheureusement produit.



Le mystère d'Israël


Se couper de ses racines juives, pour l'Eglise des Nations, c'était se détacher de la Torah.

Telle fut la démarche des Pères de l'Eglise, qui cherchèrent à détacher l'Evangile de ses origines hébraïques pour le rattacher à la philosophie grecque et montrer ainsi que le christianisme n'était pas la religion d'une poignée "d'esclaves et d'ignorants", mais une religion universelle qui avait été préparée par ce que le monde antique avait produit de mieux : la pensée des philosophes.


On est donc arrivés à l'idée que "l'Ancien Testament" était pour les juifs et le "Nouveau" pour les chrétiens, sous-entendu les non-juifs, mais de toute manière l'Ancien Testament était, comme son nom l'indique, obsolète.

Pour les Pères de l'Eglise, le christianisme était un anti-judaïsme. Depuis le premier d'entre eux, Ignace d'Antioche (début du 2ème siècle), l'identité chrétienne ne peut faire l'économie d'un certain anti-judaïsme théologique.


Cette idée a perduré dans le christianisme jusqu'à nos jours, y compris dans des milieux évangéliques où pourtant on fait profession d'être "amis d'Israël".

Eusèbe de Césarée (4è siècle) faisait une différence entre juifs (les incrédules, assassins du Christ), et les hébreux, c'est-à-dire les "bons juifs", tels les apôtres ou les juifs auxquels est adressée l'épître aux Hébreux, posant ainsi les bases d'une histoire faussée d'Israël.


Or, s'il se coupe de la Torah, selon Deutéronome 18, l'Evangile n'est plus qu'une fausse prophétie et donc une fausse religion.


Dans le sermon sur la montagne, Jésus se défend farouchement de chercher à abolir la Torah.

Comme le disait le professeur Flusser "Aucun sage d'Israël n'a autant insisté que Jésus sur l'importance de la Torah".

Paul, par contre, serait celui qui aurait dégagé l'Evangile de sa "gangue juive" pour en faire une religion universelle. Pourtant, en Romains 3v16, il s'en défend : "anéantissons-nous la Torah ? Loin de là ! Nous confirmons la Torah !"

Et s'il y a conflit entre Jésus, Paul et les juifs non-croyants, ce n'est pas sur la Torah qu'il porte, mais sur son interprétation, ce que les rabbins appellent "la Halaha".



Restaurer la judéité de l'Eglise


Cette idée que les "juifs-chrétiens" doivent cesser d'être juifs est une interprétation erronée du texte des Ephésiens "il n'y a plus ni juifs ni grecs". L'épître aux Romains, en effet, contient un plaidoyer pour que soit reconnue l'existence d'un groupe spécifiquement juif dans l'Eglise et partant de l'existence autonome du peuple d'Israël encore incrédule.


Ainsi, un professeur d'une école biblique évangélique introduisant une étude sur le Nouveau Testament déclarait à ses étudiants : "La première chose que vous devez faire pour aborder l'étude du Nouveau Testament, c'est de tuer le juif qui est en vous." Une jeune fille s'est alors levée et lui a demandé "Lequel ? Jésus ?"

Il est bon ton dans bien des milieux chrétiens de ne pas trop insister sur la "judéité" de Jésus, car alors ce serait d'une certaine manière "renier sa divinité !" De sorte que le Christ que l'on prêche est en fait une espèce de demi-dieu grec, ce qui est le propre de l'hérésie docète des premiers siècles où, pour mieux exalter la divinité de Jésus, on niait son humanité.


Mais pour l'Evangile, on n'accède au mystère de la divinité qu'au travers de l'humanité du Messie.

Il est certes impossible de revenir au modèle de l'Eglise ancienne, car l'Eglise moderne est trop "déjudaïsée" ; par contre, il est indispensable d'apprendre à penser la Bible judaïquement, c'est ainsi que nous deviendrons des disciples de Jésus.


Jésus est en effet inséparable de son peuple et pour le comprendre, il faut aussi comprendre et aimer son peuple. En rejetant Israël, l'Eglise méconnait Jésus.


Actuellement, les chrétiens sont à un carrefour : ou bien continuer à faire une lecture "ignacienne" de l'Ecriture, c'est à dire une lecture teintée d'antijudaïsme théologique, ou bien en faire une lecture "lucanienne", à l'image de Luc, le seul auteur non-juif de toute la Bible qui, pourtant avait pour le peuple élu un tel respect et une telle estime que ses écrits, l'évangile et les Actes, sont de tous les écrits du Nouveau Testament, ceux qui nous donnent le plus d'informations sur les coutumes et pratiques juives de l'époque du deuxième temple.


Article paru en 2011 dans le keren n°90

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