Nour, l’homme de la frontière

Dernière mise à jour : janv. 20

Nous vous proposons une série de portraits d'habitants du pays d'Israël. Ces portraits ont été réalisés par Pierre-David Thobois pour sa revue "Midbar Nitzana", parue entre 2013 et 2017.



Nour est devenu depuis deux ans une figure emblématique dans le village de Nitzana. La moustache épaisse, la casquette toujours vissée sur la tête, ce Druze du nord du pays est devenu un personnage du désert. Son travail: veiller à l’intégrité physique de la nouvelle barrière frontalière entre Israël et l’Egypte. Un travail qui comporte un certain risque puisque la frontière est régulièrement le cadre d'affrontements entre terroristes, policiers égyptiens et soldats israéliens.


Nour et ses ouvriers habitent le même quartier que le nôtre. Nous avons rapidement sympathisé, d'autant plus que ce druze de 46 ans est un homme extrêmement ouvert, affable, souriant, toujours prêt à rendre service. C’est d’ailleurs lui qui a creusé avec son engin le trou du puits au parc biblique.


Nour n’est pas un habitant du désert à l’origine. Il est originaire de Maalot dans le nord du pays où habite sa famille.


“Je vis dans un endroit où tout est vert. Il y a beaucoup de couleurs, de senteurs… Le désert est différent, mais je le trouve magnifique.”


Nour est le responsable de l’entretien et la répartition des clôtures qui séparent Israël de l’Egypte et Gaza.

Son travail et celui de ses ouvriers consiste à repérer et réparer les trous effectués dans la barrière frontalière. Depuis quelques années, Israël a construit à grand frais une nouvelle clôture tout le long de la frontière avec l’Egypte. Une clôture de 6 mètres de haut, avec des barbelés et des systèmes de détection des vibrations.


“Ce système a permis d’arrêter le passage des immigrants clandestins, mais pas celui des "professionnels". Notre travail est de ressouder des grilles aux endroits où les trafiquants (qui sont également terroristes à leurs heures) sont passés. “


Nour me montre alors des photos des travaux qu’il effectue, sur son téléphone.

“Mais c’est un travail dangereux?”


“Très dangereux. Mais lui il nous garde”, me dit-il en levant le doigt vers le ciel.

” Ma femme me téléphone au moins dix fois par jour pour s’assurer que je vais bien!”


Nour et ses hommes doivent parfois travailler avec des gilets pare-balles et des casques lourds. Ils sont toujours accompagnés de l’armée pour leur protection.

Le second volet de leur travail consiste à passer la herse plusieurs fois par semaine sur le chemin de patrouille pour lisser le sable. Ainsi, les pas de ceux qui parviennent à entrer sur le territoire israélien peuvent être repérés.


"C'est un travail important, car nous travaillons sur toute la longueur de la frontière, de Gaza jusqu’à Har Sagi, soit environ 140 km…”


Nour loge à Nitzana avec ses ouvriers, où il loue une maison. Il travaille toute la semaine et rentre chez lui la plupart des week-ends.


“Ce doit être difficile de vivre ainsi loin de sa famille…”


“Oh oui, me répond-il avec un gros soupir.”


Nour me montre alors des photos sur son portable.


“Voici ma femme, et mes 5 enfants. Ça c’est le plus âgé. Il est actuellement à l’armée. Ça c’est moi quand j’étais également dans l’armée. Tous les Druzes de Galilée font l’armée, sont intégrés dans la société israélienne et ont de très bons rapports avec les Juifs."


Nour est un homme loyal, qui aime son pays. Un homme de grande qualité dont on apprécie la compagnie.


Le soir du shabbat, au repas qui réunit une partie du village, lors de la présentation des groupes (David (le directeur du village) lui a plusieurs fois rendu hommage.


“Nour est un homme vraiment unique et certainement meilleur que nous tous."


Un homme dont on apprécie être l’ami.



Les Druzes


Si les bédouins sont les citoyens non-juifs éprouvant le plus de difficultés à s’intégrer, les Druzes, eux, sont sûrement ceux qui s’intègrent le mieux dans la société israélienne. Environ 120 000 Druzes habitent le nord d’Israël dans la région de la frontière syrienne. Les Druzes sont issus d’un islam primitif, mêlant des éléments de croyances orientales assez mystiques, et mystérieux, car la religion est inaccessible pour les non-initiés. La particularité des Druzes, c'est qu’ils sont extrêmement loyaux au pays dans lequel ils se trouvent. Ainsi, les Druzes israéliens sont pleinement citoyens et intégrés à la société, bien qu’ils conservent logiquement leurs particularismes culturels, religieux… La grande majorité des jeunes garçons druzes servent dans l’armée et pour beaucoup, poursuivent leur carrière dans ce domaine ou dans la police. Depuis 1957, sur demande de leurs leaders, les Druzes ont demandé et obtenu le devoir d’effectuer le service militaire au sein de l’armée israélienne. Il n’est pas rare de voir des Druzes se hisser à de hautes fonctions dans les domaines du politique ou de la défense. Si la loi sur l’état-nation juif de 2018 a provoqué quelques mécontentements au sein de la communauté (certains se sentant considérés comme « citoyens de seconde zone », comme le général de brigade, Amal Assad), les Druzes demeurent des citoyens pleinement partie prenante de la vie publique israélienne et fiers de leur pays.



Nour, l'homme de la frontière

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