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Les juifs sépharades à l’épreuve de la Reconquista : la conversion ou l’exil (partie 2)

Les juifs les plus attachés à leur judaïsme refusent de se convertir et prennent alors le chemin de l’exil. De nombreuses familles sont séparées. Dans la précipitation du départ, certains perdent de vue les leurs...


Les plus riches laissent derrière eux tous leurs biens. Les chiffres sont assez difficiles à établir quant au nombre d’exilés et de convertis. On estime cependant qu’environ 100 à 150 000 juifs quittent l’Espagne (certains avancent le chiffre de 400 000) tandis qu’environ 250 000 se sont convertis depuis 1391. Dans un premier temps, nombre d’exilés choisissent le Portugal voisin (environ 30 à 40 000 personnes).


Mais rapidement, la situation s'y détériore aussi et les nouveaux arrivants sont contraints de choisir à nouveau entre l’exil et la conversion. Des milliers d’entre eux sont forcés de quitter le Portugal pour l’Europe occidentale ou les colonies portugaises en Amérique. Les conversos vont, pour certains, quitter la péninsule ibérique au cours des siècles suivants et une fois arrivés dans leurs destinations, ceux-ci vont revenir au vrai judaïsme.



En outre, l’Inquisition est également mise en place en 1535 dans ce pays, afin de traquer les faux convertis (marranes) et va perdurer jusqu’au XVIIIème siècle. Si une minorité des exilés fait le choix de l’Europe occidentale, la majeure partie d’entre eux (environ 60 000 + quelques milliers d’Afrique du nord - qui va rapidement devenir ottomane -) trouvent refuge auprès de la plus grande puissance du monde de l’époque : l’empire ottoman.


Celui-ci est en effet en pleine expansion, symbolisée par la victoire sur l’empire byzantin durant le siège victorieux de Constantinople, en 1453. Les Ottomans atteignent leur apogée sous les règnes de Selim « le terrible » (1512-1520) et Soliman « le magnifique »(1520-1566), grâce à l'invasion d'une grande partie du Moyen Orient, de l’Europe du Sud-Est et de l’Afrique du nord.


Au contraire des nombreux occidentaux chassant leurs juifs, (Espagne, Portugal, Navarre, Sicile…), les Ottomans gardent les leurs, qui sont restés très présents dans l’ex-empire byzantin (Romaniotes). En même temps, ils ouvrent leurs portes aux juifs chassés d’Europe et plus particulièrement, ceux chassés de la péninsule ibérique. Les juifs sépharades s’installent alors à Constantinople et Salonique, qui deviennent les grands centres juifs du bassin méditerranéen voire du monde, mais aussi dans les Balkans ottomans (Sarajevo, Belgrade) ainsi que dans la région de Palestine (Safed, ville sépharade comptant plusieurs dizaines de milliers d’habitants juifs ibériques).




Le repeuplement de la capitale ottomane récemment conquise est notamment possible grâce à ces arrivées. D’ailleurs, la ville de Salonique était, avant cette période, la plus grande ville juive de l’empire jusqu’à la conquête de Constantinople alors dépeuplée ( 40 000 habitants contre 500 000, plusieurs siècles auparavant).


Cela poussa les Ottomans à user de leur politique de peuplement (sürgün) en y acheminant des populations chrétiennes mais aussi la communauté juive grecque de Salonique, laissant ainsi la ville vide de ses habitants en grande partie. Arrivent alors les sépharades, qui repeuplent cette ville, qui se retrouve ainsi avec, à nouveau, une majorité juive. L’empire ottoman domine alors le commerce entre l’Europe et l’Orient et les juifs vont participer à ce dynamisme économique.


La communauté juive est organisée en corporations de religion (millet) et possède ainsi ses propres règlements et tribunaux qui s’occupent des affaires au sein de la communauté et qui possède une certaine indépendance. Ce système de corporations est utilisé pour toutes les minorités ethnico-religieuses. L’impôt est également collecté, par les Ottomans, directement auprès de la communauté et non des individus, la corporation ayant en charge de gérer cette levée d’impôt. Comme les chrétiens, les juifs sont considérés par les musulmans ottomans comme des gens du livre ayant droit à une « protection » en échange d’une soumission, de mesures vexatoires, d’impôts supplémentaires (djizia ).



Malgré leur statut de citoyens de seconde zone, les juifs disposent de liberté de déplacement et de commerce qui leur permet de devenir des rouages essentiels dans les échanges avec l’Europe et l’Asie. Les juifs sépharades conservent leur culture et forment un groupe au sein de la communauté juive, s’opposant culturellement aux juifs grecs (les Romaniotes). Durant les siècles suivants, la culture sépharade va, peu à peu, s’estomper, à l’instar de la langue judéo-espagnole.


Une partie des sépharades, lors de l’exil, a choisi l’Europe occidentale pour destination. Ainsi, la façade atlantique se dote de communautés juives : les villes d’Anvers, Hambourg puis, plus tard, Amsterdam - qui deviendra la « petite Jérusalem » - ou encore Bordeaux, qui accueillera des marranes revenant au judaïsme, faisant ainsi renaître le judaïsme en France et désormais accepté par les rois français.


Ayant conservé leurs réseaux dans la péninsule mais aussi dans les colonies américaines, les juifs sépharades dynamisent le commerce entre ces territoires, d’autant plus que le centre du commerce mondial passe de la Méditerranée ottomane à l’Atlantique, au cours du XVIIème siècle. Les sépharades vont notamment être à l’origine de la diffusion de la presse avec les protestants hollandais.


Les Province Unies (Pays Bas actuels) protestantes deviennent ainsi un pays tolérant, de coopération judéo-protestante, donnant une dimension énorme à ce petit pays dans le monde, en particulier grâce au commerce (Amsterdam est le centre culturel, économique, intellectuel de l’Europe, à cette période). Des connexions se font également avec le nouveau monde. Les sépharades vont cependant perdre progressivement leur culture du fait de la supériorité numérique des ashkénazes dans ces pays.



L’édit d’expulsion des juifs d’Espagne avait pour objectif de purifier l’Espagne, puis le Portugal, d’une présence juive (alors plus grande communauté juive du monde), ceci allant dans la continuité de la Reconquista face aux mécréants sarrasins.


Cet évènement terrible dans l’histoire du judaïsme permit, en contrepartie, aux juifs sépharades de s’implanter dans toute l’Europe, le pourtour méditerranéen ainsi que les Amériques dans lesquelles ils joueront un rôle déterminant, en particulier au niveau du commerce qui entre, à cette période même, dans une phase de mondialisation des échanges et des flux (commerce capitaliste impulsé par les protestants).



En perdant sa population juive, l’Espagne devint alors une puissance secondaire, comme Babylone, Rome ou l’Egypte en leur temps et plus récemment, comme l’Allemagne (divisée en deux, suite à la shoah).


« Je bénirai ceux qui te béniront. Je maudirai ceux qui te maudiront. » Genèse 12 :3.





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2 Comments


La France (et l'Europe) d'aujourd'hui qui chasse ses Juifs et en subit les lourdes conséquences économiques, sociales, culturelles, politiques...et sécuritaires ! Face à l'intifada actuelle, nous ferions bien de nous inspirer d'Israël... Par ailleurs, il faut préciser que contrairement à ce que pensent nombre d'antisémites patentés, les Juifs n'ont jamais participé au commerce des esclaves (ou du moins dans une epsilonesque minorité), puisqu'ils en étaient exclus ne serait-ce que par le Code noir de 1685. Du reste, aucun Juif, fidèlement attaché à la Torah, n'aurait osé agir ainsi.

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Michelyne Laflamme
Michelyne Laflamme
Jun 26, 2023

Le Parcours des Juifs, me fait penser au ''Cheminement'' de Vie que peuvent vivre beaucoup de Chrétiens....

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