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  • Ayelet

L'épopée des camisards, un exemple pour nous en ces temps troublés...

Dernière mise à jour : 19 sept. 2021

Lors de ses voyages et enquêtes en Israël, Jean-Marc Thobois a bien souvent été questionné sur l'origine de son amour pour le peuple juif. Et il avait alors l'habitude de répondre en deux parties :

– Son grand-père et sa famille avaient caché un jeune juif, lors de la Seconde Guerre Mondiale.

– Ses ancêtres huguenots avaient résisté aux forces catholiques, qui tentaient alors d'anéantir le protestantisme en France, subissant de nombreuses et cruelles persécutions. Un de ses ancêtres, accompagné de son fils, avait même été envoyé aux galères en 1715... En cela, Jean-Marc Thobois voyait une similitude de destins entre celui des huguenots et celui des juifs, que Hitler avait essayé d'annihiler et qui avaient été eux aussi persécutés.


Musée du désert

Or, cet été, ma famille s'est rendue dans les Cévennes, pour un temps de repos et là, le passé de nos ancêtres protestants nous a saisis à nouveau. C'est alors que l'époque mouvementée que nous vivons actuellement nous a paru, à son tour, montrer quelques ressemblances (toutes proportions gardées) avec celle des fameux « camisards » (mot dérivé de l'occitan et désignant une chemise). Nous nous sommes alors rendu compte que nombre de jeunes chrétiens actuels ne savent rien de ces héros de la foi des Cévennes, alors que tout ce pan de notre histoire est d'une richesse incroyable et surtout, est une leçon

d'importance, qui mérite d'être enseignée à nos jeunes, qui pourraient voir la liberté de culte (dont nous jouissons encore) comme évidente et naturelle...


C'est pourquoi, il nous a paru important de faire un petit retour dans le passé, afin de survoler un court instant cette épopée glorieuse des camisards.


Tout d'abord, plaçons-la dans son contexte historique.


En 1598, Henri IV signe l'Edit de Nantes, octroyant ainsi une certaine liberté aux protestants du royaume de France. Mais en 1685, Louis XIV le révoque, provoquant ainsi la fin de la liberté de culte et des persécutions à l'encontre des récalcitrants (ceux qui continueraient à aller à un culte ou à lire la Bible, tout simplement...).

Tout d'abord résigné, peut-être anesthésié, le peuple protestant, après avoir accepté des compromis et une certaine soumission au roi, a commencé à se révolter petit à petit.

La révolte est partie de gens simples, qui ont voulu revenir à la vraie foi et à l'obéissance totale à Dieu et non au roi. Ce que l'on peut qualifier de « réveil ».

Les pasteurs ayant été exécutés ou exilés, ce sont des jeunes gens qui se sont mis à appeler le peuple à la repentance et à la vraie sainteté. Il fallait alors cesser de vivre dans l'hypocrisie et le compromis !


En 1702, des hommes courageux se lèvent (Abraham Mazel, Pierre Séguier, dit Esprit Séguier, Antoine Court...) et organisent des cultes clandestins dans les forêts, les grottes... Des chrétiens accompagnés de

leurs enfants (très nombreux et souvent animés de l'Esprit) parcourent des dizaines de kilomètres pour y assister au péril de leur vie. On nomme ces assemblées les « cultes du désert ».


En parallèle, les jeunes protestants décident d'aller délivrer des prisonniers que l'abbé Du Chayla fait torturer. C'est le début de la révolte armée... Ils se battent contre les dragons (soldats du roi) envoyés par le roi pour interrompre les cultes et arrêter, tuer ou emprisonner les chrétiens.

Beaucoup de protestants sont envoyés aux galères, des femmes et enfants enfermés dans des couvents, monastères ou des prisons. Mais cela ne les arrête en rien ! Un vrai réveil est en marche ! Des miracles se produisent : des enfants ou jeunes gens prophétisent et annoncent la venue des dragons par tel chemin ; une lumière conduit une troupe protestante égarée, de nuit ; une poignée d'hommes met en fuite des centaines de dragons et bien d'autres interventions miraculeuses encore...

Jean Cavalier

En 1703, Pierre Laporte, dit Rolland, habitant le Mas Soubeyran (qui est devenu le Musée du Désert, qui retrace toute cette épopée), se lève à son tour et à sa prédication, de nombreuses âmes se tournent vers Dieu.

Face aux échecs de ses troupes (qui ne sont confrontées qu'à environ 2000 hommes !), le roi passe à un niveau supérieur et envoie davantage de soldats. Sous les ordres du Maréchal de Montrevel, des villages (+ de 500) sont incendiés et leurs habitants massacrés. Les rescapés vont gonfler les rangs de « l'armée de l'Eternel, menée par Rolland et Jean Cavalier.


L'intendant Baville fait aménager de nouvelles routes, la fameuse « corniche des Cévennes ».

Mais les chrétiens ne craignent pas la mort : ils mettent leur vie en règle, même les enfants sont remplis de courage et d'esprit. Les dragons craignent tout particulièrement les Psaumes chantés par les assistants des assemblées...

Les massacres se poursuivent : une trentaine de protestants sont jetés du haut du Pont du Gard. Une jeune fille de 18 ans refuse d'être graciée en échange d'une promesse de mariage avec l'un des soldats. Elle veut suivre son Seigneur jusqu'au bout !

Le Maréchal De Villars est alors envoyé et avec ruse, il réussit à diviser les révoltés : il séduit Cavalier, qui négocie avec lui avant de s'exiler en Suisse. Rolland est trahi ; il s'échappe mais il est tué en 1704.


C'est alors la fin de la révolte armée dans les Cévennes (elle se poursuit dans le Vivarais jusqu'en 1710, avec l'arrestation et l'exécution, suite à une trahison, de A Mazel).

La liberté de culte ne revient pas pour autant. La résistance pacifique se poursuit avec les cultes au désert, même après la mort de Louis XIV.

Louis XV continue les persécutions : les enfants des protestants sont enlevés, les pasteurs envoyés aux galères, même si celles-ci ne servent plus sur le plan militaire. Elles sont maintenues juste comme « prisons ». A 5 hommes par banc, les galériens restaient enchaînés nuit et jour, y mangeant, ramant, dormant, faisant leurs besoins, dans le froid, l'humidité, le sel, la vermine...


Battus régulièrement par des brutes sans foi ni loi, les forçats ne vivaient pas longtemps dans ces conditions. Sans cesser, les persécutions diminuent peu à peu vers 1768. C'est d'ailleurs à cette date qu'est enfin libérée la prisonnière la plus connue de cette époque : Marie Durand.

Prisonnières huguenotes à la Tour de Constance, tableau de Jeanne Lombard (crédit : Musée du Désert)

Arrêtée en 1730 pour avoir tenu une assemblée dans sa maison et parce que son frère est un pasteur recherché, cette jeune fille de 19 ans est enfermée à la Tour de Constance à Aigues Mortes, avec une vingtaine d'autres femmes. Là, dans des conditions terribles, dans le froid, la faim, la maladie, la promiscuité, on les presse d'abjurer (renier leur foi en disant simplement « Je me réunis »...). Mais Marie encourage ses amies, écrit des lettres d'appel au secours et grave (peut-être avec une épingle à cheveux ??) un mot qui montrera toute sa détermination et sa foi : RESISTER !

Marie est libérée en avril 1768, après 38 ans de captivité... Les deux dernières prisonnières le seront au mois de décembre.


C'est seulement en 1787 que Louis XVI publie l'Edit de Tolérance, accordant un peu plus de liberté aux protestants.

Mais c'est Napoléon qui, véritablement, leur redonnera leur vraie liberté. Ainsi qu'aux juifs, d'ailleurs... Le protestantisme en France a vraiment failli disparaître (comme Hitler avait voulu faire disparaître le peuple juif...). Mais l'Esprit de Dieu, plus fort que tout, a soufflé, en s'appuyant sur un petit nombre d'hommes et femmes sans force, certes, sans pouvoir, mais prêts à servir Dieu de tout leur cœur, avec zèle, malgré leurs failles et leurs faiblesses. Ils étaient prêts à porter leur croix, renoncer à leur sécurité et à aller jusqu'à ... la mort.

Et nous, aujourd'hui, quelles leçons pouvons-nous tirer de tous ces événements du passé ?


Ne nous sentons-nous pas tout petits face à eux ?

Déjà, tous ces héros de la foi avaient puisé la force nécessaire à la résistance dans les exemples bibliques : Caleb et Josué, au temps de l'épopée du peuple d'Israël dans le désert, avaient su se démarquer dans une génération assoupie, apeurée par les géants qui se présentaient devant eux et qui était prête à faire des compromis...


Mais Caleb et Josué avaient su garder la foi en Dieu seul et en ses promesses pour les conduire. Envers et contre tout, ils avaient lutté, seuls contre tous, tenant ferme dans leur espérance jusqu'au bout !

Tous ces hommes et ces femmes doivent être pour nous des exemples, aujourd'hui, alors que nos libertés se restreignent et que l'ennemi nous presse.


Sommes-nous prêts à combattre le combat essentiel, celui de la vraie foi et être des porteurs d'espérance ? Aurons-nous la même foi, la même audace, la même détermination ?

Certes, nous pouvons parfois nous sentir seuls, mais Dieu n'agit-il pas à l'aide d'un petit nombre, comme avec Gédéon ?

N'est-ce pas un temps pour sortir au désert et se recentrer sur l'essentiel ?

« Sortez du milieu d'eux, mon peuple... »


Il est vrai, se démarquer, être différent, ne pas se conformer au monde est difficile. Mais Dieu a promis sa grâce et sa force à celui qui regarde à Lui, qui se confie en Lui et va de l'avant.

« Ne t'ai-je pas donné cet ordre: Fortifie-toi et prends courage? Ne t'effraie point et ne t'épouvante point, car l'Eternel, ton Dieu, est avec toi dans tout ce que tu entreprendras. » Josué 1 v 9


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