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Je l'attirerai au désert et là, je parlerai à son cœur


Article paru en 1980 dans l'Hashomer n°10


C'est dans les déserts d'Israël que commence l'histoire du salut. Il suffit de lire les premières pages de la Bible pour réaliser la place que le désert occupe dans la Parole de Dieu.


Quand, au commencement, la Parole de l'Eternel est adressée à Abraham, c'est pour lui demander de quitter le confort de la civilisation brillante d'Ur en Chaldée, pour s'enfoncer dans le désert et son inconnu.


Au commencement de leur histoire, les israélites comme leurs ancêtres ont vécu comme nomades ou semi-nomades, et quand ils s'établirent dans le pays d'Israël, ils gardèrent le souvenir de leur passé nomade. Les bédouins modernes ont un mode de vie assez semblable à celui que nous trouvons dans la Bible. Au Moyen-Orient, les vrais nomades sont des éleveurs de chameaux qui seuls leur donne l'autonomie nécessaire pour accomplir de longues étapes dans des régions totalement désertes où la moyenne des pluies est faible et où il faut parcourir des énormes distances pour atteindre des puits.


Les patriarches et les israélites n'ont jamais été de vrais nomades, mais seulement des semi-nomades, surtout éleveurs de petits bétails, même s'ils avaient quelques chameaux. Ces animaux moins robustes que les chameaux doivent boire plus souvent et ont besoin de plus de végétation que lui. Quand les israélites sont amenés à parcourir de grandes distances, ils le font en suivant des routes jalonnées de nombreux points d'eau toujours à la limite des régions sédentaires.


Les patriarches commencent même à se sédentariser, d'où la comparaison forcément imparfaite avec les bédouins d'aujourd'hui.

En fait, les israélites n'ont jamais été des "hommes du désert", ils y ont séjourné toujours à contrecœur, contraints par les circonstances.



Une terre de malédiction


Ceci se reflète dans l'image que la Bible nous donne du désert. Le désert est d'abord un environnement hostile, c'est de tout temps le refuge des hors-la-loi et des brigands (David fuyant Saül, Elie fuyant Jézabel, les derniers révoltés contre l'autorité romaine à l'époque de Bar Kochba...). C'est donc un pays maudit, une terre de malédiction, être contraint de s'y réfugier est une malédiction (c'est dans le désert que l'on chassait le bouc émissaire lors de la fête annuelle des expiations ; c'est là aussi que fut chassé Caïn le meurtrier).


Le désert est hanté par des bêtes sauvages dangereuses, "pays de la vipère et du dragon volant" dira le livre du Deutéronome en souvenir de l'épisode des serpents brûlants, c'est aussi un endroit hanté par les démons. Là réside leur prince Azazel auquel on voue le bouc émissaire cité plus haut, là Jésus affrontera Satan dans un dramatique face à face.



Une terre d'épreuve


Car si le désert est le domaine de Satan le tentateur, il est l'endroit de l'épreuve, la tentation, c'est pourquoi Dieu lui-même peut y conduire son peuple : "je t'ai fait marcher pendant 40 ans dans ce grand et affreux désert pour t'éprouver et voir quelles seraient les dispositions de ton cœur, si tu obéiras à mes commandements ou non" dit Dieu à Israël dans le livre du Deutéronome. C'est l'Esprit-Saint qui pousse Jésus dans le désert pour y être tenté par le diable 40 jours comme autrefois Israël 40 ans (40 = chiffre de l'épreuve).



Mais le désert est aussi un lieu de formation et de dépouillement. "Je t'ai humilié, je t'ai fait souffrir et de la faim, et de la soif, je t'ai éprouvé à Massa et Mériva, je t'ai nourri de la manne que n'avaient connu ni toi, ni tes pères, pour t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu". Dépouillement de la civilisation, humiliation pour une mise à l'épreuve, mais aussi pour que le peuple de Dieu apprenne à ne compter que sur Lui, à tout attendre de Lui. Dieu, dans le désert, enlève toute sécurité humaine pour que son peuple n'ait d'autre ressource que de se tourner vers Lui, à lui faire une absolue confiance et alors Dieu se révèle comme celui qui honore cette foi qui nourrit son peuple, qui pourvoit. Ainsi le désert devient le théâtre des hauts-faits de Dieu en faveur de son peuple, l'endroit de la révélation.


Cette révélation culmine avec la théophanie du Sinaï. C'est dans le désert, dans le dépouillement complet et la foi que retentit la voix de Dieu. "Une voix crie dans le désert, disait le prophète Esaïe, préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers !" Alors la gloire du Seigneur sera révélée et au même instant, toute chair le verra !



Une terre de révélation


C'est pour entendre la voix du Seigneur à une période de trouble que Elie revient à Horeb dans le désert pour pouvoir percevoir ce "murmure doux et léger". C'est dans le désert que la Parole de Dieu sera révélée à Jean, fils de Zacharie, c'est dans les déserts que Jésus se réfugiera pour prier, c'est là aussi qu'après son expérience sur le chemin de Damas, Paul va se rendre méditer pendant trois ans.


Ainsi, le désert devient le refuge favori des hommes de Dieu, des prophètes et des proscrits, plus tard il sera celui des ermites cherchant à rencontrer Dieu comme l'avaient fait ces hommes. Et c'est enfin dans le désert que Dieu fixe un nouveau rendez-vous à son peuple pour une nouvelle rencontre à la fin des temps.


Par contre, nous trouvons ce que nous pouvons appeler "l'idéal nomade" des prophètes qui regardent au passé, à la jeunesse d'Israël, comme aux temps idylliques des "fiançailles" d'Israël et de l'Eternel (Jer. 20 : 2, Os. 20 : 1, Am 2 : 10). Ils condamnent le confort et la vie de luxe de leur temps (Am. 3 : 15, 6 : 8) et voient le salut dans le retour à l'avenir dans le désert, regardé comme un âge d'or (Os. 20 : 16-17)


C'est la réaction contre la vie sédentaire de Canaan et ses risques de perversion morale, c'est la nostalgie du nomadisme où Dieu avait fait alliance avec David dans le désert quand Israël était fidèle à Dieu. Mais le nomadisme lui-même n'est pas un idéal, c'est la fidélité à l'alliance qui est associée à la vie du désert. Si les prophètes parlent d'un retour au désert, c'est pour échapper à l'influence corruptive de la civilisation et entendre à nouveau la voix de Dieu comme le feront plus tard les Esséniens de Qumran.



Une terre d'alliance


Enfin les prophètes entrevoient la transformation du désert en jardin à l'orée des temps messianiques comme résultat de cette nouvelle rencontre entre le Seigneur et Israël dans le désert "je rendrai son désert semblable à un éden, sa terre aride à un jardin de l'Eternel !"


"Vous serviez le Seigneur au désert !" avait déjà dit Moïse et voici qu'à la fin des temps, le seigneur bénira de désert. Or, la bénédiction de dieu apporte la fécondité, comme la malédiction désertifie. Ce pays de Canaan, pays où coule le lait et le miel, est devenu semblable à un désert à cause du péché de ses habitants. Ces montagnes d'Israël resteront "longtemps désertes", mais Dieu visitera à nouveau le désert. Il tracera à nouveau un chemin à son peuple au travers du désert, pour la ramener dans son pays : "dans le désert, frayez une route, préparez dans les lieux arides une route pour notre Dieu !" (Es. 40)


En conséquence de cette venue du Seigneur et du retour d'Israël, le désert sera transformé. Il sera peuplé "d'hommes et de bêtes en grand nombre". "Il se couvrira de pâturages et de brebis". Le peuple d'Israël repeuplera les villes du désert (l'Eternel ramènera nos captifs, comme des torrents dans le Néguev, psaume 126). Le désert se changera en verger. Dieu y plantera toutes sortes d'arbres, le mirage se changera en étang, le désert et le pays aride se réjouiront, ils tressailliront de joie et fleuriront comme un narcisse, car des eaux jailliront dans le désert et des torrents dans la solitude.

Le prophète Ezéchiel, quant à lui, voit un torrent sortant du temple, traverser le désert de Juda et se jeter dans la mer morte. Tout le désert s'en trouve fertilisé et transformé en Eden, la mer morte devient, à l'exemple du lac de Tibériade, un lac poissonneux. Sur les rives de ce torrent, une végétation luxuriante apparaît : bref, c'est le désert qui redevient un nouveau paradis, car si le péché rend désert, le retour à Dieu et sa bénédiction rendent la vie et la fertilité.



Une terre d'accomplissement


Les pères de l'état sioniste avaient eu aussi la vision de la résurrection du désert. Herzl, dans un livre véritablement prophétique intitulé "Atmeuland" et publié à la fin du siècle dernier, avait imaginé une sorte d'accomplissement de la prophétie d'Ezéchiel. Il préconisait le percement d'un canal reliant la méditerranée à la mer morte, et alimentant les centrales électriques capables de donner un essor industriel et agricole à la région, en raison de la dépression dans laquelle se trouve la mer morte.


Il faut aussi revenir sur la vision de Mr Ben Gurion que nous avons cité au début de ce document : pour Ben Gurion, l'avenir d'Israël résidait dans le Néguev. Il exhortait ses concitoyens à fuir la facilité des villes, à retrouver l'esprit pionnier pour retrouver au désert, non seulement la possibilité de faire revivre ce dernier sur le plan matériel, mais pour y retrouver d'authentiques valeurs spirituelles sans lesquelles le peuple d'Israël ne pourrait pas se passer et qui lui étaient vitales.


Ben Gurion n'a pas été entendu de ses concitoyens plus préoccupés de matérialisme. Pourtant, voici que soudain, de manière totalement inattendue, ce que Ben Gurion avait rêvé et avant les les prophètes de l'Ancien Testament, va se réaliser de gré ou de force à la faveur de la paix Israélo-égyptienne, dans ce qui apparaît comme un défi nouveau pour Israël. C'est sans doute dans l'exploitation commune des désert que réside l'avenir commun d'Israël et de l'Egypte (Es. 19).


Cela signifie d'abord qu'à nouveau les prophéties de l'Ancien-Testament vont se réaliser, à nouveau le désert va fleurir, signe de la bénédiction de Dieu rendue à son peuple. Cela nous permet aussi d'envisager cette prophétie d'Israël annoncée par le prophète Ezéchiel dans le contexte de la guerre de Gog (Ez. 38 et 39) et doit nous conduire à bénir Dieu pour sa fidélité, mais aussi à veiller en mesurant l'importance du temps dans lequel nous vivons et en demandant à Dieu la grâce de "bien compter nos jours."

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