Israël état d’apartheid ? Les minorités non-juives en Israël

Mis à jour : 10 nov. 2020



A la lecture et l’écoute des médias dans nos pays européens, l’Israélien représente ce juif étranger à la terre qu’il habite, méprisant et persécutant le palestinien autochtone qui ne peut que légitimement se défendre en résistant (c’est-à-dire commettre des attentats terroristes). Rien de plus réducteur et faux que cette image de propagande distillée par nos médias. De temps à autre, les minorités israéliennes (principalement les arabes considérés à tort comme « palestiniens » par les médias) sont évoquées pour mettre en avant l’apartheid israélien qui existerait envers ces « citoyens de seconde zone », notamment depuis la loi de 2018 sur l’identité juive d’Israël.

La réalité est tout autre : si Israël se doit d’être en premier lieu le pays du peuple juif, il n’en reste pas moins que sa population n’est pas exclusivement juive (environ 25% de non-juifs).

De plus en plus intégrées, les minorités non-juives d’Israël sont nombreuses et variées. S’il ne faut pas omettre les défaillances qui persistent à certains niveaux de la société israélienne, notamment envers certaines minorités, réduire ces minorités à des « citoyens de seconde zone persécutés » est totalement absurde. Ce bref survol de quelques-unes de ces minorités vous permettra peut-être de vous défaire vous-mêmes de certains clichés concernant la population israélienne.


Les arabes musulmans israéliens


Présents principalement dans le nord du pays, les arabes musulmans sont le plus gros contingent de « non-juifs » en Israël puisqu’ils représentent 1,2 million de citoyens israéliens. Vivant principalement dans des villages et villes à majorité arabe, ces personnes jouissent des mêmes droits que tout autre citoyen (vote, accès aux services de l’état, passeport...). Ainsi, au niveau politique, les députés arabes n’ont jamais été si nombreux (13 sur 120 députés). Ceux-ci représentent des partis arabes ou d’extrême gauche propalestiniens et antisionistes/antijuifs.


Il faut dire que nombre d’arabes musulmans israéliens se considèrent comme « palestiniens ». Néanmoins, comme l’a récemment mis en lumière le plan de Trump, qui prévoit de rattacher le « triangle arabe » du nord d’Israël à un possible état palestinien, de nombreux arabes israéliens ont fait savoir qu’ils craignaient une telle décision et qu’ils préféraient rester en Israël plutôt que d’être rattachés à un état palestinien. Cela s’explique facilement : les arabes israéliens bénéficient d’un niveau de vie des plus élevés dans la région, d’accès à des fonctions prestigieuses (juges, médecins...), d’accès aux universités et plus généralement à l’éducation et la santé… Pourquoi donc vouloir rejoindre un état sous-développé ? Evidemment, ce positionnement est passé sous silence dans la presse étrangère. En revanche, la violence persiste au sein des villes et villages arabes, où le taux d’homicides est encore très élevé du fait du contrôle de bandes armées vivant du trafic de drogue.

Sabreen Saadi, première femme voilée à réussir le concours d’officier de police. (crédits : @hnaftali)

Les chrétiens israéliens


Les chrétiens en Israël sont principalement des arabes, d’où une certaine proximité tant géographique (ils vivent souvent dans des villes arabes) que sociale envers les arabes musulmans (certaines autorités chrétiennes israéliennes se perçoivent comme « palestiniens ». Cependant, une partie des arabes chrétiens préfèrent être considérés comme des araméens ou chrétiens orientaux plus qu’arabes. En effet, la plupart des chrétiens étaient présents au Moyen-Orient avant l’arrivée des Arabes au 6ème siècle et jusqu’à nos jours, ils ont gardé leurs particularismes. Ils sont principalement de rite grec-orthodoxe. Au contraire de la situation régionale où les chrétiens sont extrêmement persécutés, voire soumis à un lent mais inexorable génocide, la communauté chrétienne d’Israël ne cesse de croître, bien que les chrétiens soient bien moins nombreux que la minorité des arabes musulmans (environ 120 000 chrétiens). A titre de comparaison, rappelons que les chrétiens sont moins de 45 000 en territoires palestiniens dont à peine plus de 1000 à Gaza (où ils sont persécutés). Certains chrétiens ne cachent pas leur attachement à Israël : c’est le cas du père Gabriel Nadav, interviewé dans nos colonnes en 2016, dont les fils servent dans l’armée israélienne. Ce prêtre orthodoxe encourage les jeunes arabes chrétiens à effectuer leur service militaire sur la base du volontariat, les chrétiens n'ayant pas d'obligation de faire ce service militaire.


Les Bédouins


La plupart des Bédouins israéliens (environ 250 000) habitent des villages faits de bric et de broc, souvent illégaux dans le sud du pays (désert du Néguev). Les Bédouins sont musulmans sunnites comme les arabes musulmans, mais se distinguent par leur style de vie, certes désormais sédentaire, mais axé sur la proximité avec la nature (élevage, habitat au milieu du désert…). Certains Bédouins se font remarquer pour leurs activités peu catholiques ou plutôt peu hallal (trafic de drogue, trafics d’armes, vols…) issues d’un héritage ancien ramenant aux tribus bédouines de l’époque de Mahomet vivant de razzias. D’autres Bédouins se font remarquer positivement : jusqu'en 2017, un bataillon de l’armée israélienne était composé uniquement de pisteurs bédouins, connaissant le désert parfaitement, et efficaces pour la protection des frontières en milieu désertique (avec l’Egypte, la Jordanie ou Gaza). Les Bédouins s’engagent assez facilement dans l’armée israélienne sur la base du volontariat comme tout non-juif (voir ici l’exemple de l’influent et populaire Mohammad Kabiya sur les réseaux sociaux) et certains possèdent des places importantes dans la hiérarchie. Récemment, le premier diplomate bédouin israélien, Ishmael Khaldi, a été nommé au poste de consul d’Israël à Miami, aux Etats-Unis. Si un nombre croissant de bédouins s’intègrent dans la société israélienne, globalement, il s’agit de la minorité la moins intégrée, peut-être à cause du fossé socio-culturel trop important entre ces citoyens aux coutumes ancestrales et une société israélienne moderne.

2) Unité bédouine au sein de Tsahal, défilant à Tel Aviv en 1949 (crédits : cesgoysquidefendentisrael.com)


Les Druzes


Si les bédouins sont les citoyens non-juifs éprouvant le plus de difficultés à s’intégrer, les Druze,s eux, sont sûrement ceux qui s’intègrent le mieux dans la société israélienne. Environ 120 000 Druzes habitent le nord d’Israël dans la région de la frontière syrienne. Les Druzes sont issus d’un islam primitif, mêlant des éléments de croyances orientales assez mystiques, et mystérieux, car la religion est inaccessible pour les non-initiés. La particularité des Druzes c'est qu’ils sont extrêmement loyaux au pays dans lequel ils se trouvent. Ainsi, les Druzes israéliens sont pleinement citoyens et intégrés à la société bien qu’ils conservent logiquement leurs particularismes culturels, religieux… La grande majorité des jeunes garçons druzes servent dans l’armée et pour beaucoup, poursuivent leurs carrières dans ce domaine ou dans la police. Depuis 1957, sur demande de leurs leaders, les Druzes ont demandé et obtenu le devoir d’effectuer le service militaire au sein de l’armée israélienne. Il n’est pas rare de voir des Druzes se hisser à de hautes fonctions dans les domaines du politique ou de la défense. Si la loi sur l’état-nation juif de 2018 a provoqué quelques mécontentements au sein de la communauté (certains se sentant considérés comme « citoyens de seconde zone », comme le général de brigade, Amal Assad), les Druzes demeurent des citoyens pleinement partie prenante de la vie publique israélienne et fiers de leur pays.

3) Délégation de hautes autorités religieuses et séculière druzes au mur occidental (crédits : @hnaftali)

Les autres minorités


Parmi les autres minorités non-juives se trouve la petite communauté des Tcherkesses. Il s’agit d'une population importée du Caucase par les Ottomans au 19ème siècle, musulmane sunnite et qui ne se considère pas comme arabe. Tout au plus 5000, les Tcherkesses sont également très bien intégrés dans la société israélienne bien qu’ils vivent entre eux et se marient de manière endogamique. Comme les autres minorités citées précédemment, les Tcherkesses sont arabophones bien qu’ils parlent évidemment l’hébreu couramment comme l’ensemble des communautés non-juives. Petite particularité amusante : les Tcherkesses comme les Druzes votent majoritairement pour le parti Israël Beitenou de Liebermann (parti russophone, extrême droite).

Dans les autres minorités non-juives peuvent être mentionnés les immigrants russophones qui ne sont pas juifs (parents ou grands-parents juifs), les quelques chrétiens évangéliques ayant réussi à avoir des visas israéliens, les immigrants clandestins soudanais et érythréens ou encore les membres de la religion BaHaï.


L’exemple de l’équipe nationale de football


Une rencontre de football entre équipes nationales est souvent bien plus que du sport. C’est l’occasion de représenter son pays avec toutes sortes de symboles nationaux (hymne, logo, couleurs, chants…). Ainsi, l’équipe de football israélienne démontre l’absurdité d’une accusation d’apartheid et de discrimination des Juifs envers les Arabes. En effet, les joueurs arabes musulmans de l’équipe sont surreprésentés par rapport à la proportion nationale avec près de la moitié des joueurs, sur la pelouse, arabes musulmans. Encore plus symbolique : le capitaine de l’équipe, Bibras Natkho, est un Tcherkesse ! Sur la photo ci-dessous, pas moins de 6 joueurs alignés au coup d’envoi sont musulmans (arabes, bédouins et tcherkesses) : Loai Taha (n° 17), Hatem Ben Ahmed (n° 22), Bibras Natkho (n° 6), Dia Sabi’a (n° 10), Taleb Tawatha (n° 13) et Munas Dabbur (n° 9, pancarte). L’équipe nationale est à l’image du pays : une coexistence entre juifs, chrétiens et musulmans, quelle que soit l’appartenance ethnique ou religieuse.

4) Equipe nationale en octobre 2019 face à la Lettonie (credits: @bibars66)

En guise de conclusion, à travers ce bref aperçu des minorités non-juives d’Israël, vous vous apercevez sans doute que les condamnations d’Israël pour racisme d’état ou apartheid sont complètement aberrantes. Les problèmes sociaux ne sont pas inexistants, tout comme les liens entre les différentes communautés religieuses et ethniques ne sont pas toujours amicales mais ce sont des problèmes qui subsistent dans presque tous les pays du monde. Israël est la seule démocratie du Moyen Orient et le seul état dans lequel les minorités sont protégées et considérées comme des citoyens de plein droit. Parler d’un racisme d’état est purement grotesque en Israël

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