Du culte juif au culte chrétien


Selon Romains 11, Israël est pour Paul « la racine qui nous porte ».

Cette réalité se retrouve dans tous les domaines, en tout cas du christianisme ancien qui était directement « greffé » sur le judaïsme de son temps et qui a réalisé de nombreux emprunts

à la foi et à la tradition d'Israël.


C'est donc également vrai en ce qui concerne le culte et nous trouvons dans le nouveau testament de nombreuses allusions à la liturgie juive de la synagogue qui était en même temps celle que Jésus et les apôtres pratiquaient. Nous voulons ici donner quelques exemples.

Dieu est lumière...


Cette affirmation qu'on retrouve dans de nombreux passages du nouveau testament est particulièrement chère à Jean. On la trouve, non seulement dans le prologue de son évangile, mais également dans ses épîtres : Dieu est lumière, saint, juste et véritable.


Il faut remarquer que cette assimilation de Dieu à la lumière vient directement d'une prière juive que l'on trouve dans la première partie du culte synagogal : le « yotser » ( le créateur ) où Dieu est loué pour les merveilles de sa création. Nous y trouvons notamment cette affirmation

« tu crées la lumière et les ténèbres, tu renouvelles tous les jours l'œuvre de ta création »



Dieu est donc capable de créer un homme nouveau, comme Jésus le rappellera à Nicodème.

Il faut noter qu'à cette prière succède « le trisagion » : la proclamation de la triple sainteté de Dieu provenant de la vision d'Esaïe dans le temple, triple sainteté qui est proclamée par les séraphins : « Saint, saint, saint est l'Eternel ! ».Cette triple proclamation est passée dans le culte de toutes les familles chrétiennes , elle est nommée chez les latins « sanctus », « trisagion » chez les grecs et on la retrouve , notamment à l'occasion de la sainte cène, dans la plupart des églises issues de la réforme.


On retrouve encore dans la première épître de Jean une allusion à une prière de la liturgie juive appelée : « ahava rabba ». Ainsi, Jean déclare : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ».


De son côté, la prière juive affirme : « Tu nous as aimés, tu as eu pitié de nous, à cause de nos pères... » , et l'on termine en proclamant la réalité du règne de Dieu : la filiation entre ces deux affirmations, entre celle de Jean et celle de la synagogue saute aux yeux !

Cette affirmation de Dieu comme lumière apparaît aussi en 2 Thess. 4 verset 6 chez Paul qui affirme :

« Car Dieu a dit : la lumière brillera dans les ténèbres. » .


Ce qui rejoint le texte de 1 Jean 3 verset 1 que nous avons cité tout à l'heure.


Dans son évangile, chapitre 14, Jean rappelle que Jésus a déclaré que « l'aimer c'était garder ses commandements ». Ceci correspond à la foi juive qui résume le décalogue par deux affirmations. On sait que le décalogue était écrit sur deux tables, la première table comportait les cinq premiers commandements qui concernent les devoirs envers Dieu.

La deuxième table qui comportait les cinq derniers commandements, lesquels concernaient les devoirs envers le prochain.


Ces deux tables étaient résumées de la manière suivante , pour la première table :« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... » (affirmation essentielle du shema Israël (écoute Israël) Deutéronome 6, et la deuxième table était résumée par : « Tu aimeras ton prochain ».

Il est à noter que lorsqu'un docteur de la loi demandera à Jésus quel est le plus grand commandement, Jésus lui répondra : « Ecoute Israël ( il cite le shema), tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même. »

Toujours dans sa première épître I Jean 3 versets 19 à 21, Jean exhorte ses lecteurs à «connaître le véritable ». C'est une expression qu'on trouve aussi dans une prière juive appelée « veyashiv », ( et il ramènera).

Puis au verset 23, Jean revient au shema en affirmant : « Dieu veut...que nous nous aimions les uns les autres, c'est là le commandement qu'Il nous a donné ».

La Paque dans le nouveau testament


C'est un des thèmes les plus importants des évangiles, il n'est pas étonnant qu'elle y occupe une place centrale.

Selon la tradition juive , c'est à cette époque que le Messie viendra. La liturgie juive lit à cette occasion le rouleau du Cantique des Cantiques, considéré par rabbi Akiva comme une parabole du mariage entre le Messie ( l'époux) et Israël ( l'épouse).



Cette interprétation se situe dans la continuité du message des prophètes, en particulier Osée et Jérémie pour lesquels Dieu a épousé Israël au Sinaï. Un texte du Cantique des Cantiques déclare : « Voici, il vient bondissant sur les montagnes, sautant sur les collines. Mon bien-aimé est semblable à une gazelle ! »

La gazelle est dans la bible le symbole de la beauté et de l'amour, l'interprétation de ce texte est la suivante : la gazelle n'est autre que le Messie (celui qui vient) et dont la venue se fait par bonds, c'est à dire par de grandes accélérations de l'histoire.


Cette expression, « celui qui vient », se retrouve en Matthieu 9 et Marc 7.

Ce thème du Cantique des Cantiques où le Messie est assimilé à l'époux se retrouve dans de nombreuses paraboles, la plus célèbre étant celle des dix vierges : il s'agit du choeur des filles de Jérusalem, souvent évoqué dans le cantique comme étant la suite d'honneur de l'épouse. Mais l'époux tarde à venir, il faut donc l'attendre et veiller.

On sait que la nuit de la Paque est une nuit de veille où, en principe, on ne doit pas dormir pour être prêt pour la venue du Messie, s'il venait justement cette nuit-là. Or, les vierges s'endorment toutes, tels les disciples au jardin de Gethsémané et sont donc surprises par l'arrivée inopinée de l'époux. La morale de cette parabole est claire, même si la venue du Messie tarde, il faut l'attendre sans relâche jusqu'à ce qu'Il vienne.


On retrouve dans le « credo juif » : les treize articles de foi de Maïmonide datant du XIIIème siècle une affirmation semblable : « Je crois avec une foi parfaite dans la venue du Messie et même s'il tarde je l'attendrai ! »

Une autre tradition affirme que lorsqu'un juif meurt la première question que le juge suprême lui pose est la suivante : « As-tu attendu le messie ? ».

Parabole du grand festin et la Paque


Dans le judaïsme, il existe l'idée que l'état éternel est présenté par le symbole d'un festin : le banquet eschatologique. Cette idée vient de deux textes : le Psaume 105 et Esaïe 28.

Dans la tradition orientale, lorsque deux hommes se sont réconciliés après qu'il y ait eu entre eux des problèmes, ils mangent ensemble pour sceller cette réconciliation.

Dire que l'éternité sera semblable à un festin, c'est dire qu'il y aura réconciliation entre les élus et Dieu après le drame du péché qui a entraîné une inimitié entre l'humanité et son Dieu. C'est aussi le thème d'Apocalypse 18 verset 13, où il est question du festin des noces de l'agneau.


A la fin du repas traditionnel de la Paque, on souhaite pouvoir célébrer cette même fête l'an prochain à Jérusalem. Le rassemblement d'Israël à Jérusalem sera en effet le premier signe de la venue de la rédemption dont le « Seder », (repas de Paque) est le symbole.

C'est à cette occasion que Jésus a déclaré : » Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu. ». En agissant de la sorte, Jésus se désigne comme l'époux du cantique.

En effet, dans toute la littérature biblique, la vigne est le symbole de l'épouse (Psaume 128 :

« Ta femme est comme une vigne féconde... »).

Dans ce livre, la vigne est aussi le symbole d'Israël en tant qu'épouse du Messie. C'est un symbole que l'on retrouve aussi en Jean 15, où Jésus discute de la vigne.

Jésus fait aussi allusion au Psaume 105 après la guérison du serviteur du centurion de Capernaüm quand il déclare, parlant des païens : « Il en viendra de l'orient, de l'occident, du nord et du sud, ils se mettront à table avec Abraham et tous les prophètes. »

Toujours à l'occasion du repas de la pâque, la quatrième » coupe appelée « coupe du salut » ( car on la boit alors qu'on lit le psaume 118 ; « Comment rendrai-je à l'Eternel ses bienfaits envers moi ? J'élèverai la coupe des délivrances. »)Une tradition nous dit que le seul, digne de boire de cette coupe était le roi David. Or, on retrouve cette tradition dans un petit écrit judéo-chrétien du début du IIème siècle appelé : « L'enseignement des douze apôtres aux nations . » Entre autres choses, cet ouvrage décrit la manière dont cette communauté célébrait la cène. Ainsi il nous est dit que l'officiant bénissait Dieu en ces termes : « Nous te bénissons Eternel notre Dieu pour la SAINTE VIGNE DE DAVID, ton serviteur que tu as élevé. » Puis il ajoutait, élevant la coupe, si quelqu'un est saint qu'il vienne et qu'il boive, si quelqu'un ne l'est pas, qu'il se repente, Maranatha, le Seigneur vient ! ».


La vigne est aussi évoquée dans le livre du prophète Joël, en relation avec la venue du « jour de l'Eternel », c'est à dire : temps de l'intervention de Dieu dans l'histoire des hommes, notamment pour le jugement des impies, mais surtout pour la délivrance des justes. En ce temps-là le sort de chacun sera bouleversé, « les premiers seront les derniers , et les derniers seront les premiers. »


Les chercheurs ont aussi remarqué que « l'enseignement des douze » ( encore appelé "didachée" est construit sur le modèle de la « michna » juive ( ouvrage où sont consignés les premiers commentaires de la Tora et qui forment ainsi la première partie de ce que l'on appelle le « talmud ». On y remarque en effet, les six ordres de la michna : « Nachim » (les femmes), « moadin » (les fêtes) « tahanit » ( les jeûnes), « nézékim » ( les dommages),

« zrahim » (les semences), « kedoshim »( les choses saintes).


Ceci montre à quel point, le christianisme ancien restait profondément ancré sur ses racines juives. Comme dans le judaïsme, l'essentiel de la parole divine résumé dans le « shema » se caractérise par la foi dans le nom de Dieu et l'amour pour sa personne.


Toutefois pour l'église ancienne, cet héritage juif dont elle était bénéficiaire ne signifiait pas , comme ce fut le cas dans les siècles suivants, que l'église avait remplacé et évincé Israël, mais la persistance de l'existence d'Israël à côté de celle de l'église était la preuve de l'inachèvement du dessein de Dieu, chacune des deux entités ayant son rôle spécifique à jouer pour qu'au temps de la fin, dans la rencontre finale, le règne de Dieu soit pleinement réalisé « sur la terre comme au ciel » !



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