"Car un enfant nous est né !"

Article écrit par Jean-Marc Thobois en 1985 dans l'Hashomer n°33 "Yeshoua étant né à Béthléhem"


C'est essentiellement dans l'Evangile de Luc que nous trouvons deux longs chapitres consacrés à ce que l'on nomme les "évangiles de l'enfance". Nous allons rapidement étudier ces chapitres pour mettre en évidence les principaux enseignements de Luc.

Tout d'abord, ces chapitres rayonnent de joie et d'espérance. Nous y trouvons des hommes et des femmes qui vivent dans l'attente et l'espérance de la promesse prophétique de Dieu.



Les temps sont accomplis


Alors l'attente prend fin dans la joie, qui est dans la tradition juive, la marque des temps messianiques, joie qui éclate au travers des cantiques qui jalonnent le récit : cantique de Miriam (Marie), de Zacharie, des anges et de Siméon. Ces cantiques sont chantés sous l'inspiration du Saint-Esprit, enfin de nouveau répandu.


On croyait que, depuis la clôture de l'Ancien Testament, l'Esprit Saint avait été retiré d'Israël, mais que l'ère messianique serait annoncée par un renouveau de l'esprit prophétique auquel nous assistons dans le récit de Luc.


Ces interventions prophétiques annoncent toutes la venue du Messie, à commencer par les annonces des anges et surtout de l'ange Gabriel qui est, dans la tradition juive, le messager des derniers jours.


Dès lors, on assiste à un parallèle constant entre le prophète précurseur que sera Yohanan HaMatbil (Jean Baptiste) et le Messie Yeshoua (Jésus). Mais ce parallèle chez Luc sert à faire ressortir la grandeur, l'originalité et la nouveauté absolue de Yeshoua, ainsi que le mystère de son origine.


Il faudrait aussi nous pencher sur les nombres et la durée du temps entre laquelle se déroule la première annonce à Zacharie et la circoncision de Yeshoua. On verrait alors qu'il y a là une allusion aux 70 semaines de Daniel qui suggère que cette prophétie trouve alors son accomplissement en Yeshoua et que les temps sont bien accomplis.


Le Temple, en effet, occupe une place centrale où tout commence (l'annonce à Zacharie) et où tout finit (la circoncision de Yeshoua). Mais alors que Yohanan est annoncé dans le Temple mais n'y revient pas, Yeshoua y vient pour être accueilli par des prophètes selon la prophétie de Malachie 3 (Siméon et Anne).




Les deux annonces


Celle de la naissance de Yohanan rencontre l'incrédulité de la part de Zacharie, laquelle entraîne le mutisme, tandis que chez Miriam, l'annonce est accueillie dans la foi, d'où le " Je te salue ", proclamation de joie et invitation à se réjouir que l'ange proclame. Vient alors la révélation du mystère qui atteint ici une profondeur inégalée qui ne réapparaîtra qu'après Pâques. L'annonce de la naissance de Yeshoua ressemble à celle d'Isaac : dans les deux cas, les anges proclament que " rien n'est impossible à Dieu ".


Vient alors le récit de la visite de Miriam à Elisabeth qui, selon la tradition, eut lieu à Ein Karem, petit village à quelque distance de Jérusalem. Alors s'accomplit la promesse faite à Zacharie : " Il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère ".



Les deux naissances

Alors que la naissance de Yohanan est un signe qui interpelle le voisinage (" que sera donc cet enfant ?"), celle de Yeshoua a lieu la nuit, comme c'est le cas toujours pour les grands événements du salut. Elle a lieu à Béthléhem, la maison du pain où, hélas, manque le vrai pain de vie, mais où, comme au temps de Ruth, Dieu visite son peuple.


La naissance est annoncée aux bergers, symbole de vigilance et de pauvreté. Dans la nuit, éclate la lumière céleste dans un récit qui renvoie à Esaïe 9 : " Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière ". Les bergers trouvent alors l'enfant dans la mangeoire et reconnaissent en lui le descendant du roi berger : David. Ce sont eux qui vont devenir les évangélistes de la première annonce, alors que Miriam elle, tait ces choses qu'on ne peut encore comprendre.


Le récit de Matthieu

Il commence par une généalogie. Son Evangile se présente comme un testament apocalyptique (révélé). Il porte comme titre " Genèse de Yeshoua le Messie ", lequel est porteur d'une nouvelle Thora. Viennent alors 3 séries de 14 générations : une série patriarcale, une série royale et une série exilique. Ainsi, en Yeshoua est résumée toute l'histoire d'Israël. En lui s'accomplit la plénitude des temps. Il apparaît à la fin des temps, en qualité de Messie.


Le récit de Matthieu s'inscrit entre deux songes de Joseph : l'un où la nature de l'enfant de Miriam lui est révélée, un autre où il reçoit l'ordre de descendre en Egypte et un autre où il reçoit l'ordre d'en remonter. Les deux songes relatifs à l'Egypte sont construits de la même manière. On y trouve aussi deux autres parallèles : celui du songe de Beer Sheva où Dieu autorise Jacob à descendre en Egypte (Gn 46 v.1-4) et où commence donc l'exil du peuple de Dieu. L'expression du deuxième songe, au contraire, " car ils sont morts, tous ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant " renvoie à Moïse (Ex. 4 v.19) quand ce dernier reçoit l'ordre de revenir en Egypte pour y délivrer le peuple.


Le texte suggère dès lors que Yeshoua est bien le prophète plus grand que Moïse, annoncé par ce dernier, et qu'il faut écouter car il est porteur d'une Thora nouvelle, mais le parallèle avec Moïse ne s'arrête pas là. Comme Moïse, poursuivi enfant par la haine du Pharaon qui fait mourir tous les garçons hébreux en Egypte, Yeshoua échappe lui aussi miraculeusement à la jalousie d'Hérode, nouveau Pharaon qui anéantit les enfants de Béthléhem.


Mais dans la réflexion midrashique de Matthieu sur l'événement de Noël (midrash : procédé d'exégèse consistant à rechercher le sens caché des événements historiques), Matthieu cite le texte d'Osée 11 " J'appelai mon fils hors d'Egypte ". Dans le contexte, le fils c'est Israël. Ici; il y a identification du Messie à son peuple d'Israël qu'il est venu sauver. Comme lui, il descend en exil en Egypte et comme lui, il en est appelé par Dieu qui, miraculeusement, le garde et le protège comme il a fait avec Israël tout au long de son histoire.


Matthieu insiste aussi sur l'étoile annoncée par Balaam (un astre sort de Jacob). Un ancien commentaire trouvé à Qumran commente ce texte : " Cette prophétie concerne le prince de l'assemblée, dont l'étoile se lèvera dans le ciel comme celle d'un roi !".


En conclusion, nous remarquerons que tout ici est paradoxal. Paradoxe que le Messie quitte la Judée pour la Galilée des nations, Jérusalem la ville royale pour Nazareth l'obscure... Paradoxe entre la terre plongée dans la nuit et qui n'accueille pas le don de Dieu, avec le ciel inondé de lumière où éclatent les chants des anges, dont seuls d'obscurs bergers sont témoins, et non les savants docteurs de Jérusalem. Mais au travers de ces contrastes s'accomplit ce qui est écrit ; c'est que seul un reste du peuple pourrait hériter du salut, un reste composé des " pauvres de l'Eternel ", les humbles que sont Zacharie et Elisabeth, Miriam et les bergers, Anne et Siméon. Aujourd'hui, les choses auraient-elles changé ? Non ! Le salut n'est révélé qu'aux humbles et aux pauvres de cœur, et à ceux qui savent entrer dans la joie de ce salut qui s'est approché, aussi, dans l'espérance de son ultime manifestation.

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